Sourds: le parcours du combattant

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Jusqu’à samedi, une agence du Crédit Agricole propose un service d’accueil adapté aux sourds et malentendants. Une initiative originale. Car la surdité est un handicap rarement pris en compte. Tous les jours, de nombreuses personnes rencontrent d’énormes difficultés dans leurs démarches administratives.

«On est à la merci des autres. C’est une forme d’exclusion. » Triste constat d’un calvaire quotidien dans le monde du silence. Quand on est sourd ou malentendant, la moindre démarche administrative, le moindre achat, la moindre demande de conseil tient du parcours du combattant.

Au coeur du problème, un handicap, bien sûr, mais surtout une situation qui dépasse de loin le cadre de la parole. La plupart des malentendants sont équipés d’appareils auditifs et sont tout à fait capables de tenir une conversation. Beaucoup savent également lire sur les lèvres. On s’étonne donc des difficultés de ces gens à se faire comprendre et surtout à comprendre ce qu’on leur dit, dès qu’ils se présentent devant un guichet. L’explication est pourtant simple: le personnel d’accueil n’est pratiquement jamais formé à ce type de situation.

A la Caisse primaire d’assurance maladie, comme à la mairie, une personne connaît la langue des signes. Mais dans les deux cas, elle ne travaille pas au contact des usagers, et on ne fait appel à elle qu’en urgence. En ce qui concerne la mairie, ça n’est jamais arrivé. Il faut dire qu’aucune affichette n’indique cette possibilité aux personnes qui en auraient besoin. On se contente donc de parler un peu plus lentement, d’articuler davantage, ou, en désespoir de cause, de griffonner quelques mots sur un morceau de papier. « Ca, c’est ce qu’on leur demande lorsque l’on se présente », nous confie Jérôme Goust, malentendant à 85 %. « Mais dans les faits, ils recommencent à parler vite au bout de dix secondes. Cela nous oblige à leur demander de répéter, et on a vraiment l’impression qu’ils croient qu’on le fait juste pour les ennuyer. Au bout du compte, on finit par dire oui même si on n’a rien compris. C’est une frustration énorme. » Et lorsque l’on est complètement sourd et que les appareils auditifs sont inopérants, les choses sont encore pires. « Quand je vais à la banque, j’emmène toujours ma fille avec moi », explique Alain Gayraud. « Elle entend parfaitement et connaît la langue des signes. Elle me sert d’interprète et sans elle, ce serait impossible. » Mais ce n’est pas non plus la solution à tous les problèmes.

Parfois oubliés par la technologie

« Que ce soit avec la langue des signes ou en écrivant des explications, on reste à la surface des choses, on ne peut pas traiter de dossiers compliqués si la personne en face ne fait pas d’effort. Et dès qu’il y a négociation ou désaccord, c’est fini. La discution s’emballe, on ne peut plus suivre et on devient passif. Le personnel oublie très vite à qui il a affaire. » Dans un monde qui ne semble pas vouloir s’adapter à eux, les sourds trouvent des solutions. Alain Ramière est amené à se rendre chez des clients dans le cadre de sa profession. « Que faire lorsque je tombe face à un interphone? Je sonne une fois, deux fois, trois fois, et si la personne ne comprend pas que je suis sourd, je reste là comme un imbécile. Maintenant, je garde le bouton enfoncé jusqu’à ce qu’elle sorte. » Interphone, téléphone portable: les progrès de la technologie ne sont pas toujours au service des sourds et malentendants, et parfois, on frôle le grotesque. « Un jour, à la sécurité sociale, un sourd avait du mal à se faire comprendre. » Rose-Marie Reynaud sait de quoi elle parle: elle-même est sourde de naissance. « Il ne pouvait tout simplement pas lire sur les lèvres de la guichetière à cause de l’hygiaphone qui cachait son visage, et il s’escrimait à lui demander de se décaler légèrement sur le côté. Elle ne cessait de répéter qu’elle ne comprenait rien. » Et c’est là le noeud du problème: une incompréhension chronique qui fait vivre à ces personnes un enfer dont ceux qui entendent n’ont pas même conscience.

Source : http://www.ladepeche.fr © 29 Juin 2000 à Albi

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