La main des sourds

Danse avec les mains

Des élèves du centre spécialisé pour déficients auditifs ont été des spectateurs privilégiés de Parole. Les comédiens sont allés à leur rencontre pour discuter avec eux en langue des signes.

Une école pour déficients auditifs dans un hôpital psychiatrique ? Levent Beskardes, l’un des comédiens vedettes du spectacle Parole, ne l’entend pas de cette oreille. La parole justement, ça fait longtemps qu’il fait sans. Mais quel bavard ! Quel homme de communication quand il a un message à faire passer ! René Barthélémy est à deux pas. Il traduit les signes de l’artiste en français ; il traduit son incompréhension de voir l’image des sourds associée, même indirectement, à celle de malades mentaux. Mais comme Levent est aussi un porte-drapeau en tant que malentendant qui a pu aller au bout de sa passion, il revient très vite sur un sujet qui lui tient à cur.

«La réussite part de soimême. Il faut être ouvert. Petit, j’ai commencé par aller au cinéma. Il n’y avait pas de soustitrage à ce moment là. Et chez moi, je mimais tout ce que j’avais vu. Je ne veux pas que vous voyiez le professionnel en moi. Je suis comme vous.

Vous pouvez y arriver.» Une passion et une conviction que Levent transmet par tous les pores de sa peau.
Images pour Sylvain, photos pour Delphine

Car tout est communication en lui ; les muscles de son visage, ses mains, son regard, sa moustache aussi virevoltante que celle d’un certain Charly Chaplin… De la même manière que René se fait soudain plus expressif lorsqu’il traduit en langue des signes les propos de Pascale Houbin et d’Abbi Patrix, les deux autres comédiens du spectacle.

Abbi peut alors évoquer ses difficultés à communiquer avec ses cousins norvégiens lorsqu’il était enfant. «Lorsque j’allais en vacances là-bas, je ne les comprenais pas. Mais je les voyais, je les sentais, et je comprenais leur vrai nature.

Quand on n’a pas de mot, on peut s’intéresser à la vrai personne, celle qu’il y a derrière la langue.» C’est la raison pour laquelle Pascale, Levent et Abbi ont été tout de suite d’accord pour travailler ensemble sans interprète. Car qu’est-ce que la parole finalement ! Un choix particulièrement apprécié par Sylvain, un élève du centre, qui a fait remarquer autant avec ses mains qu’avec son coeur que les sous-titrages n’apportent pas grand chose.

«Les images sont beaucoup plus intéressantes. Le visuel, ça reste beaucoup plus dans ma tête !» Et c’est d’ailleurs pour ça que Delphine, 18-ans, a passé une bonne partie de ces deux heures de discussion à prendre des photos. En stage dans un laboratoire albigeois, cette jeune sourde connaît la valeur d’un regard. De ces regards qui expriment le bonheur quand les mots ne suffisent plus. Et à cet égard, ceux de ses copains de classe, mercredi, étaient plein d’espoir.

Source : http://www.ladepeche.fr © 11 Février 2000 à Albi

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