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Les sourds aussi trouvent la voie de l’emploi Devenir comptable ou préparateur en pharmacie quand on est sourd, c’est possible à condition de bénéficier d’un accompagnement adapté lors de sa formation. Des moyens humains et matériels sont mis à disposition par l’URAPEDA (1), pour que chacun puisse mener à bien son projet professionnel. A 24ans, Christophe Le Luyer s’épanouit dans les chiffres. Sourd de naissance, le jeune homme est employé depuis un an comme aide-comptable en contrat-emploi-solidarité à la Maison de l’Argoat à Guingamp. Des chiffres et des mots Suivi des achats-ventes, écritures comptables, saisie des fiches de salaire Christophe explore toutes les tâches du service avec une certaine aisance, s’appuyant sur son goût des calculs et son bac professionnel obtenu dans cette spécialité. Les nombreuses sources écrites utilisées dans le métier lui permettent de travailler sans encombre, d’autant plus qu’il communique très bien avec sa tutrice et avec les personnes qui l’entourent. « Quelques-uns ont appris des gestes de la langue des signes, on échange beaucoup à l’oral en articulant bien. Quand il faut, on passe à l’écrit », explique le jeune homme, parfaitement intégré. Une expérience accompagnée L’expérience est aussi très positive pour Marie-Annick Boilleau, comptable et secrétaire de direction, qui n’a pas hésité à accueillir Christophe, à l’inverse d’autres employeurs qui l’avaient écarté en raison de son handicap: « les responsables d’entreprise hésitent: ils se disent que je ne pourrai pas téléphoner, pas communiquer  » Pour en arriver là, le jeune homme a été pris en charge par l’Urapeda, qui lui a fait bénéficier d’un accompagnement dans sa formation. Il a notamment été assisté par Denis Favrel, interface de communication (2) pendant son entretien d’embauche et tout au long de cours complémentaires qu’il a suivi en comptabilité. « Nous pouvons apporter d’autres aides humaines: interprète, preneur de notes, répétiteur oral, ou des aides matérielles, par exemple un micro haute fréquence », explique Elie Martin, coordinateur emploi-formation sourds en Bretagne. Pour un cursus ordinaire Cette assistance doit permettre à la personne sourde d’être accueillie dans un centre de formation ordinaire ou en stage dans une entreprise, afin de réussir dans le métier qui lui tient à coeur. Ce projet professionnel est mûrement étudié au moment de l’accueil par l’Urapeda, qui défend l’idée que les sourds peuvent exercer toutes les professions, à quelques exceptions près. « Il s’agit d’abord de mesurer au plus juste les capacités de communication orale, gestuelle et écrite de la personne, et bien sûr de les améliorer, ce que nous préconisons tous les jours », poursuit Elie Martin. A partir de là et moyennant les aides pédagogiques déjà évoquées, les sourds peuvent suivre un parcours habituel jusqu’à l’insertion professionnelle, où interviennent l’ANPE ou des associations spécialisées comme Prométhée. « En concertation avec ces organismes, nous pouvons être consultés pour l’adaptation au poste de travail ou pour la mise à disposition de moyens de formation interne », précise le coordonnateur emploi-formation, qui considère que les sourds sont souvent exclus de la promotion sociale. En 1998, le programme de l’Urapeda en Bretagne a aidé 63personnes à s’insérer dans 28métiers différents, de jardinier ou cuisinier à auxiliaire de bibliothèque. Depuis 1990, plus de 500personnes (3) ont été accueillies et orientées vers 130professions. Des chiffres encourageants, comme ceux que Christophe manie tous les jours avec bonheur. Jean-Luc Le Roux (1) L’Union régionale des associations de parents d’enfants déficients auditifs gère le programme emploi-formation depuis 1997. Il est financé par l’AGEFIPH, le Fonds social européen, l’Etat et le Conseil Régional. Contact URAPEDA: 31, boulevard du Portugal, 35200RENNES. Tél: 02.99.51.91.41. (2) On distingue l’interprète, qui traduit de manière brute la langue des signes, et l’interface de communication, qui peut aussi bien s’exprimer en langue des signes, répéter oralement, prendre des notes, expliquer le vocabulaire, reformuler ou réexpliquer le message si nécessaire. (3) En Bretagne, on dénombre 5.200personnes sourdes profondes ou sévères, dont 600enfants. Un nombre qui monte à 20.000si on inclut les malentendants et devenus sourds.

Source : http://www.letelegramme.com © 16 Juillet 1999 à Rennes

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