La main des sourds

Enfants sourds : quelle scolarité ?

Les enfants sourds ont droit, selon les textes officiels, à une intégration scolaire chaque fois que cela est possible. Les familles ne baissent pas les bras et poursuivent leur travail de persuasion.
Les parents d’enfants sourds souhaitent que leurs enfants ne soient pas doublement pénalisés ; à la fois par leur handicap et par le frein à la socialisation par l’impossibilité de fréquenter l’école. « La surdité est un déficit de communication et non intellectuel ». Daniel Oppici, président de l’association pour l’intégration des enfants déficients auditifs (APIEDA), milite pour une réponse aux besoins de l’enfant en fonction d’un projet pédagogique individualisé, donc adapté. La surdité nécessite l’appareillage de l’individu à partir d’une perte de 40 décibels.
Progrès techniques

Les progrès techniques viennent au secours de l’enfant déficient auditif, mais ils coûtent cher. L’appareillage à haute fréquence (HF), fonctionnant sur le principe radio avec un émetteur (micro cravate pour l’enseignant) et un récepteur (pour l’élève), complété par une boucle magnétique, constitue un formidable progrès. Mais les frais d’acquisition (entre 15 et 16 500F) ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale. L’APIEDA, qui vient de fêter ses dix ans par un colloque à la faculté de médecine de Strasbourg, a mis à disposition de deux familles ce type d’appareillage, et souhaite en acquérir deux autres exemplaires. L’association est bien évidemment à la recherche de subventions pour ces équipements, ainsi que pour le paiement d’heures d’intervenants codeurs en langage parlé complété qui « traduisent » au jeune sourd les cours des profs en lecture labiale, lisible sur les lèvres de l’interprète. C’est ainsi qu’avec l’aide allouée par la ville de Strasbourg un codeur pu être engagé pour le collège Vauban, afin de permettre à Gaëlle de suivre une scolarité plus harmonieuse en classe de troisième. L’APIEDA entend développer le réseau d’aide proposé aux jeunes sourds et a lancé un appel auprès d’ étudiants en orthophonie, sciences de l’éducation ou psychologie, prêts à se former en langage parlé complété pour des interventions régulières en établissements scolaires (2).

Intégration partielle

Situation de plus en plus fréquente, l’intégration partielle des enfants, en relation avec des instituts spécialisés, comme le Bruckhof ou Jacoutot à Strasbourg. C’est ainsi que les écoles élémentaires Ampère et Albert-le-Grand, ainsi que le collège du Stockfeld, proches géographiquement, ont accepté d’accueillir à temps partiel des élèves sourds, en leur proposant un soutien scolaire spécifique pendant les créneaux « d’aide aux devoirs » en fin d’après-midi. « Notre association a pour mission de créer des passerelles entre les différents partenaires, afin de faciliter la mise en place de passerelles. Nous souhaitons ouvrir une voie médiane en répondant aux besoins propres de chaque enfant, qui ne sont pas forcément ceux d’une « intégration sauvage à l’école » ou du placement systématique en établissement spécialisé », précise Daniel Oppici.

Depuis 1975

Certes les textes officiels ouvrent largement le chemin de l’AIS (adaptation et intégration scolaire) grâce à la loi d’orientation de 1975, laquelle stipule que « l’Etat prend en charge les dépenses d’enseignement des enfants et adolescents handicapés, de préférence en accueillant dans des classes ordinaires tous les enfants susceptibles d’être admis malgré leur handicap. » Cependant rien n’est précisé quant à la formation des enseignants non spécialisés et aux problèmes pratiques qui peuvent surgir. Avec une approche pragmatique, l’APIEDA envisage de déposer une demande d’agrément pour la création d’un service de soutien à l’éducation familiale et à l’intégration scolaire, qui proposerait également aux familles un volet « santé » spécifique pour leurs enfants. La mise au point de modules de sensibilisation et d’animation à destination des futurs camarades, ainsi qu’une demande de création d’un poste d’instituteur spécialisé itinérant, ou encore le démarrage d’un travail musical associatif avec des enfants sourds, font également partie des projets de l’APIEDA…qui continue à chercher des financeurs parmi les collectivités publiques.

1) 7 rue Sédillot, 67000 Strasbourg (Maison de la famille). Dans le Haut-Rhin, association des parents d’enfants déficients auditifs (Maxime Emter), 11a rue du Chariot, 68610 Linthal. 2) Contacter Agnès Weill, *03 88 60 68 81.

Source : http://www.dna.fr © 11 Décembre 1996 à Strasbourg

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