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Hauts de Seine Habitat

Geneviève Guillon : << La surdité ? Pas un problème ! »

Elle donne des cours de français à deux jeunes femmes sourdes

Geneviève Guillon ne connait pas parfaitement le langage des signes mais elle se débrouille !

Ce soir, Emmanuelle Laborit joue « Les enfants du silence » à l’espace Herbauges. L’occasion de se pencher sur le monde des malentendants et sur leur vie au quotidien. A titre d’exemple, deux jeunes femmes sourdes qui suivent des cours à Antenna. Geneviève Guidon, formatrice en français, témoigne…
Depuis octobre dernier, Anne Rézeau et Nelly Lebreton, toutes deux âgées de 23 ans, suivent une formation à Antenna Titulaires d’un BEP cuisine, ces deux Bruffieriennes profilent d’un CES (contrat emploi solidarité) pour parfaire leurs connaissances. Banal si ce n’est que les deux jeunes femmes sont sourdes… «Elles voulaient enrichir leur vocabulaire, explique Geneviève Guillon, formatrice en français. Et aussi apprendre à se débrouiller seules dans les actes de la vie quotidienne. » Geneviève a appris deux mois avant qu’elle allait avoir deux personnes malentendants dans son groupe de 12 personnes. Elle n’a pas panique. << J’ai beaucoup lu sur la question, je me suis documentée. J’ai même suivi une formation de huit jours avec l’ANPEDA (Association nationale des parents d’enfants déficiente auditifs). » Elle était d’autant moins inquiète qu’elle a droit à une interprète. « Le premier jour, j’ai demandé à Nelly et à Anne si le fait d’avoir quelqu’un pour traduire les dérangeait. Devant leur réticence, l’ai préféré m’en passer. »

Mime

Au départ, l’intégration n’a pas été facile. « Elles se mettaient toutes les deux à une table ronde, ne faisaient Jamais leur pose en même temps que les autres stagiaires. » Puis, petit à petit, des contacts se sont noués au sien du groupe. Aujourd’hui, les deux jeunes femmes femmes en font partie intégrante. Et elles se prennent au jeu. « Quand elles sont arrivées, elles n’aimaient ni lire ni travailler, leur seul moyen d’Information étant la télévision. Depuis trois semaines, elles font vraiment des efforts pour progresser. Elles n’hésitent plus à demander des explications et fournissent un gros travail personnel. » Sans problème de communication ? « Le fait qu’elles soient sourdes ne pose pas de problème particulier. On se débrouille par le mime, le papier et le crayon. Et elles, pratiquent la lecture sur les lèvres. » Seul hic, quand elles rient ou quand elles parlent, Anne et Nelly se s’entendent pas… « Le bruit pose forcément problème. Il faut alors leur faire comprendre de « couper te son ». Une démarche pas forcément confortable pour moi. »

Pas si facile de communiquer…

« II faut toujours avoir du papier et un crayon dans la poche... »
« II faut toujours avoir du papier et un crayon dans la poche… »

Un large sourire aux lèvres, Anne et Nelly observent le visiteur. Presqu’ amusées de sa réserve et de son air intimidé. Pas si facile de communiquer avec des sourds pour un entendant qui n’a jamais eu de contacts avec le monde des malentendants ! Les livres, les films, les documentaires sur le sujet ne changent pas grand chose à l’affaire. Dans une confrontation directe, l’entendant ne sait comment en  contact « II faut toujours avoir du papier et un crayon dans la poche… répond Nelly. Même si, parfois, |’ai honte d’écrire parce que je ne connais pas beaucoup de vocabulaire. » Les parents de Nelly ainsi que ses deux frères sont sourds « Dans ma famille personne ne peut m’aider ou me corriger. Comme je ne comprends pas tous les mots, je ne lis pas non plus . Pas beaucoup.» Un cercle vicieux que les entendants peuvent rompre. Par un minimum d’efforts « Je suis très contente que Geneviève,» – la formatrice en français – apprenne les gestes, écrit Nelly. «C’est chouette ! » Geneviève Guillon ne manque pas de renchérir : « C’est dommage de ne pas parler à quelqu’un simplement parce qu’il n’entend pas. Au départ, la démarche n’est pas facile mais les choses évoluent vite si on est motivé ! » Pour Monique, la maman (entendante) de Anne, l’usage de la parole est comme primordial. « La parole doit suivre pour vivre avec des entendants qui ne connaissent pas tous le langage des signes. Anne n’a pas lait de progrès depuis l’âge de 9 ans parce qu’elle s’est contentée des gestes. » Et de préciser « J’ai eu huit enfants dont deux frappés de surdité. Dany, l’aînée travaille dans une banque de La Roche-sur-Yon. Elle est parfaitement Intégrée parce qu’elle parle avec ses collègues. » Anne ne semble pas convaincue. « Tu me parles avec des mots trop simples, lui fait-elle comprendre en jetant un regard complice vers sa copine Nelly et vers la formatrice. L’air de dire: «De toute façon, nous, on se comprend sans ce parler ! »

Source : Ouest-France © Aout 1996 à Les herbiers


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