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Elle est comédienne et présente un spectacle à partir de demain

Sandrine, militante parmi les sourdes

Un visage volontaire, de grands yeux bruns pleins de douceur et des gestes qui disent son énergie. Pour surmonter sa surdité, Sandrine est vite devenue une lutteuse. Parce qu’elle voulait devenir comédienne, elle s’est battue et investie aussi très tôt dans la vie associative. Elle veut désormais y défendre les droits des femmes sourdes.

Cette année, les sourds ont fêté la Journée de la femme mais seulement à Paris. Un début timide : ¿ Il est difficile d’affirmer notre personnalité de femme. Quand on est sourd, c’est vital de se forger d’abord une identité forte comme sourd. Ensuite, on peut commencer à vivre comme femme et assumer sa sexualité, sa féminité. » Détail parlant : ¿ Beaucoup de filles s’habillent comme des garçons manqués et rares sont celles qui se maquillent. » Sandrine Herman sait l’âpreté du combat pour exercer un métier, dans un monde où rien n’est fait pour ça. Elle ne désarme pas et met d’ailleurs en scène sa seconde pièce, sur le monde des sourds, dans laquelle on pourra la voir à la M.J.C. La Paillette à partir du 14 mars. ¿ Refusée au T.N.B. et au conservatoire d’art dramatique, j’ai dû surmonter beaucoup d’obstacles avant de fonder la Compagnie de deux mains avec d’autres comédiens sourds à Rennes. » Des difficultés que les femmes sourdes vivent avec plus d’acuité encore que les hommes.

Difficile de porter plainte

Souvent mal informées, elles n’ont pas, comme les entendantes, vu leurs aînées militer pour un salaire égal ou le droit à l’avortement et restent soumises à des inégalités flagrantes au sein d’une communauté où la mixité n’est guère de mise. Dans le travail : ¿ Nous faisons souvent plus d’études que les hommes, mais nous restons cantonnées à des activités subalternes. » Dans les associations : ¿ Les femmes commencent seulement à y participer. » Dans leur vie quotidienne : ¿ Nous sommes victimes de nombreuses violences. Mais les femmes méconnaissent leurs droits, celui de porter plainte en cas de viol ou si on est battue, par exemple. Et le manque d’interprètes pour nous accompagner dans nos démarches n’aide pas à prendre sa place de femme ! » Une situation inégalitaire qui a évidemment des répercussions sur leur comportement amoureux notamment. ¿ Le besoin de se protéger et de trouver de la douceur explique une très forte homosexualité féminine parmi les sourdes », souligne Sandrine. Sandrine a rejoint la Fédération des sourds de France, avec des projets très concrets en tête : établir une charte spécifique des droits des femmes sourdes et créer une association pour faire valoir ces droits, comme il en existe dans d’autres pays d’Europe. Elle n’a que 23 ans, Sandrine, mais déjà le tempérament d’une fille qui ne se laissera pas abattre. Et ce n’est pas son nouveau combat qui l’empêchera de poursuivre son chemin… de femme de théâtre.

C’est Sandrine qui a créé à Rennes, avec Philippe Angel, le centre socioculturel des sourds, où elle veut aussi désormais défendre les droits des femmes.

Source : www.ouest-france.fr © 13 Mars 1996

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