«Au théâtre, on n’écoute que les silences» disait Louis Jouvet

«Au théâtre, on n’écoute que les silences» disait Louis Jouvet. Mais encore faut-il les comprendre et découvrir leur richesse. C’est justement ce que Jean Dalric et Emmanuelle Laborit vous proposent… à travers la pièce de Mark Medoff «Les Enfants du Silence». Le spectacle ouvre la voie de la tolérance, du droit à la différence… Sarah, une jeune femme sourde et muette, veut préserver son identité de sourde, elle veut faire comprendre que le monde du silence est aussi riche et valable que l’autre… Certes, ce n’est pas facile, mais en montant la pièce, Emmanuelle Laborit et Jean Dalric ont relevé le défi, et ils ont déjà soulevé quelques montagnes. Vous aurez, vous aussi, l’occasion, si vous le désirez, de pénétrer dans l’univers du silence… le lundi 13 février au théâtre du Forum, à Liège. «Les Enfants du Silence» ont connu leur jeunesse aux États-Unis, puisque la pièce est signée de l’Américain Mark Medoff et a été créée à Broadway avant d’être proposée au cinéma. Dans le film, les rôles principaux étaient tenus par Marlee Matlin et William Hurt. Puis le Français Jean Dalric, séduit par le message des «Enfants du Silence», s’est chargé d’adapter le texte et de le mettre en scène, après avoir appris le langage des signes. Lorsqu’il a rencontré la jeune et pétillante Emmanuelle Laborit, une comédienne sourde et muette, il a tout de suite su que ce serait elle qui pourrait jouer le rôle principal. Un choix judicieux Revenons sur l’histoire. Sarah, une jeune femme sourde, abandonnée par son père et éloignée de sa mère, refuse de lire sur les lèvres des entendants. Elle revendique l’existence de son univers de silence. Lorsqu’elle tombe amoureuse de son professeur, un entendant, elle va tenter de lui faire comprendre que son monde doit être reconnu comme un autre monde. Mais le conflit s’installe rapidement: chacun, sans le vouloir, veut changer l’autre. Sarah n’hésite pas et se révolte… Mais au fond, quel est le message délivré par «Les Enfants du Silence»? Jean Dalric explique: «Cette pièce parle de la tolérance, son message fait réfléchir sur la différence. Nous sommes tous différents, et il faut respecter cette diversité.» Et l’artiste d’ajouter: «Les sourds sont des personnes qui ont une culture, une langue… qui, il y a un siècle, était encore interdite. Il est temps de leur rendre cette langue. Les sourds ne sont pas des handicapés, et ils ne se positionnent pas comme tels. Ils s’expriment simplement dans une autre langue, comme un Italien qui ne parle pas le français, ou vice-versa. Etre malentendant, c’est aussi une nationalité.» Comme on apprend aux enfants les langues étrangères, ne devrait-on pas aussi leur apprendre la langue des signes? «Tout à fait. Et aux États-Unis, cela se pratique. Les enfants trouvent un côté ludique à la langue des signes. On devrait l’apprendre à l’école. Quand on est petit, on a une grande ouverture d’esprit, on a envie de communiquer avec les autres et on n’a pas d’a priori. Mais évidemment il faut leur donner les moyens de communiquer.» Et qu’ont apporté les «Enfants du Silence»? «La communauté sourde est généralement laissée pour compte. Je pense que la pièce a provoqué certainement une prise de conscience, qu’elle a permis de faire comprendre que la langue des signes est une langue à part entière… comme toute autre langue, etc. En plus, Emmanuelle a donné de la fierté aux sourds. Et puis, par son charisme, elle a fait bouger les mentalités, elle a ouvert la porte à la communication…» Monter une pièce avec des comédiens sourds, est-ce un exercice facile à négocier? «Nous étions deux metteurs en scène: j’ai en effet travaillé avec un metteur en scène sourd qui s’est chargé justement de tout ce qui concernait la surdité dans le spectacle. Nous avons travaillé avec un interprète qui traduisait pour les uns et les autres. Cette manière de fonctionner est la même que lorsqu’on joue avec des acteurs étrangers. C’est plus une obligation de circonstance qu’une difficulté.»La langue des signes est très théâtrale. Il y a là toute une gestuelle pleine de grâce.» Jouée de nombreuses fois en France, la pièce a connu un plein succès dans les salles. Elle a même valu le Molière 1993 de la révélation théâtrale à Emmanuelle Laborit et celui de la meilleure adaptation à Jean Dalric, qui est aussi comédien dans le spectacle. La Belgique a maintenant le privilège d’applaudir cette merveilleuse pièce. Liège n’est pas en reste, puisqu’elle accueillera Emmanuelle Laborit et Jean Dalric pour une représentation des «Enfants du Silence» dans le cadre du cycle de théâtre parisien du Forum. Le rendez-vous est donc fixé au lundi 13 février, à 20 h. Les réservations se font au tél. 041/23.18.18. Et nos artistes ont-ils d’autres projets? «Emmanuelle va bientôt jouer Antigone. Ensuite, nous avons un projet commun pour 1996…» conclut Jean Dalric.

Source : http://www.sudpresse.be © 26 Janvier 1995 à Belgique

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