Les amoureux du silence

Depuis que l’on a découvert, l’an dernier aux molières, la comédienne Emmanuelle Laborit, interprète au théâtre des « Enfants du silence » dont l’adaptation américaine à l’écran avait déjà auparavant séduit un large public, les problèmes des sourds nous semblent un peu plus familiers. Ce sont eux que l’Italienne Liliana Cavani, réalisatrice du « Portier de nuit » et de « La Peau », notamment, évoque ici, à travers une histoire sentimentale, certes, mais avec réalisme et précision, et dans le but proclamé de délivrer un message: il ne faut pas « assimiler » les sourds en les faisant « parler ». Il faut les laisser s’exprimer avec leur propre langue, il faut les prendre en compte dans les écoles publiques et, s’ils ne se sentent plus rejetés, ils pourront, comme les autre, mener une vie « normale »… Un combat qui peut intéresser tout le monde dans la mesure où la surdité est en effet trop souvent mal prise en compte dans notre société où, pourtant, elle toucherait, nous dit-on, plus de trois millions et demi de personnes (dont 60 % du troisième âge)..
Le film campe un (beau) et riche jeune homme, Fausto, élevé par sa mère de façon à faire oublier sa surdité. Il a, par relations, trouvé un emploi dans une banque, sa petite amie est « normale », une installation sophistiquée de Minitel lui permet de communiquer, d’« entendre » le téléphone, et surtout la musique, via ses vibrations, et il a appris à « parler », succinctement mais relativement distinctement. Mais Fausto n’est pas à l’aise dans sa peau de pseudo- « normal », et ne se sent bien que chez sa tante, qui s’occupe de sourds-muets et le comprend. Quand, au hasard d’une promenade au zoo, il rencontre une (jolie) jeune sourde, Elena, vivant, elle, dans un milieu très défavorisé, qu’il la retrouve à l’association spécialisée dont s’occupe sa tante, qu’il découvre qu’elle aime la poésie latine mais qu’elle se décourage devant la difficulté d’études où rien n’est fait pour les sourds, il en tombe amoureux. Et tous deux vont s’entraider pour gagner « le défi qu’ils ont lancé à la vie ».
Le film pourrait être mélodramatique. Il évite à peu près ce travers, mais tombe dans d’autres, symbolisme… pesant de présence de (l’authentique) vedette de la danse butho, art du mime, sans doute, mais assez inutile ici dans l’intrigue, ou, tout de même, sentimentalisme un peu appuyé. Les interprètes, peu connus (le héros est un débutant, Elena, en revanche, Chiara Caselli, a déjà tourné notamment dans « Fiorile » des frères Taviani), ne sont pas sourds mais ont à l’évidence beaucoup travaillé le langage des signes. Le résultat est un peu longuet et appliqué, mais honorable et, sans doute, utile.

A signaler, à l’occasion du bicentenaire de l’Institut national de jeunes sourds de Paris, un festival « Images, signes et ponctuation » qui, pendant deux jours, propose des films représentant des sourds, de « La porte s’ouvre » de Joseph Mankiewcicz (1950) au film de Liliana Cavani, en passant par « L’Enfant sauvage » de François Truffaut, « Balles perdues » de Jean-Louis Comolli, « Les Enfants du silence » ou « Capitaine Johnno », un téléfilm australien de Mario Andreacchio. Tous les films sont sous-titrés (les vendredi 29 et samedi 30, de 14 h à minuit, Vidéothèque de Paris, réservations 43.29.24.13).
Source : http://www.lesechos.fr © 28 Avril 1994
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