La main des sourds

ou des sourds (Joël Chalude, comédien, et Daniel Abbou, notamment), c’est enfin toutes leurs revend

ou des sourds (Joël Chalude, comédien, et Daniel Abbou, notamment), c’est enfin toutes leurs revendications de dignité et de prise en compte d’une différence, porteuse de richesses, que l’on entend enfin. Seule, une femme médecin, dans un laboratoire proposant des implants, emploie le mot de « malades » en parlant des sourds, ceux-là expliquant parfaitement en quoi, dès lors qu’ils peuvent « signer » (utiliser la langue des signes), pratiquer cette langue, la seule leur permettant véritablement de communiquer, la notion de handicap recule. Encore faudrait-il qu’à l’instar de certains pays d’Europe ou des Etats-Unis les institutions françaises prennent réellement en compte cette langue, imposent des interprètes et institutionnalisent des classes « bilingues » (permettant le double apprentissage du français et de la langue des signes).

Alors que la France des droits de l’homme fut, à l’époque révolutionnaire, le premier pays à proposer (grâce à l’abbé de l’Epée) une langue des signes structurée, deux siècles plus tard, ce même Etat place les enfants sourds sous la tutelle du ministère de la Santé plutôt que sous celle, naturelle, de l’Education nationale. C’est un signe.

Qui pourra encore croire, après cette « Marche du siècle », que « sourd » peut être confondu avec handicap, voire débilité ? En une courte soirée, sur ce plateau, ils rendent simple et claire cette notion qui leur est pourtant si contestée : la dignité. Il faut entendre le témoignage bouleversant d’Yvette, mère fière de la vivacité de sa fillette ; il ne faut pas manquer un mot de ce que dit Joël Chalude, qui va jusqu’à évoquer le « privilège d’être sourd » ; il faut regarder Daniel Abbou, cet homme séduisant, au regard pétillant d’intelligence, évoquer – exclusivement en langue des signes – les parcours du combattant auxquels lui et ses semblables doivent se livrer pour vivre et travailler. Lorsqu’il s’interrompt, non sans avoir parlé des « plus » que confèrent, par exemple, des capacités visuelles exceptionnellement développées, le « peuple des sourds » présent sur le plateau pour applaudir tape des pieds, agite ses mains levées, exulte. C’est émouvant à en pleurer. Pourvu que dans les ministères que cela concerne on regarde « La marche du siècle », afin que très rapidement soient modifiées les lois touchant les sourds et l’utilisation de leur langue des signes. L’école doit en être le lieu privilégié d’apprentissage, puisque, faute d’enseignement dans cette langue, la plupart des sourds, enfants ou adultes, sont frappés par l’illettrisme.

Source : http://www.humanite.fr © 16 Septembre 1992 à Paris (France)

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