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Hauts de Seine Habitat

UN SOURD-MUET

correcteur d'imprimerie chevalier de la Légion d'honneur

M. Henri Gaillard, correcteur à l’Im)rimerie nationale, vient d’être fait chevalier de la Légion d4ionneur au titre lu ministère du travail, de l’hygiène et le la prévoyance sociale.

Je l’ai trouvé à Belleville, tout au haut le la rue de la Marc, dans une maion un peu triste et sombre. C’est un

M. H. GAILLARD

homme qui a passé ¡.

la soixantaine, petit,

replet et jovial. Il travaillait dans une.

étroite salle à manger. Sa famille et des amis se tenaient assis autour de la table ronde. Ils faisaient force gestes et paraissaient discuter avec animatidn et gaieté.

Mais on n’entendait rien. Tout le monde était sourd et muet. M. Henri Gaillard est sourd et muet.

Il me tendit une rame de papier vierge. J’écrivais les questions; il écrivait les réponses. L’assistance se taisait en ce sens que chacun s’était immobilisé.

Ainsi, J’appris que, devenu sourd et muet, à l’âge, de 8 ans des suites tardives d’une! commotion provoquée par l’explosion d’un obus durant le siège do Paris, M. Gaillard entra à l’institution nationale des sourds-muets. Lorsqu’il en sortit, il éprouva une véritable vocation littéraire en même temps qu’un besoin d’aider ses frères d’infortune.

Les deux choses pouvaient se concilier :

depuis quarante ans, M. Gaillard a consacré son talent d’écrire à la cause des sourde-muets. En dehors de son travail de correcteur, nécessaire pour élever sa famille de huit enfants, il passe des heures d’aurore et des heures nocturnes à rédiger, corriger, expédier, la Gazette des sourds-muets, qu’il a fondée en 1889.

à-s’occuper des affaires des six sociétés d’entr’aide qu’il a créées, à préparer ses rapports aux congrès internationaux des silencieux, à écrire des romans, comme sa singulière Luxure salvatrice, à lire, compulser des documents et pénétrer l’esprit de cette société dont’ péla surdité voulait l’isoler.

Il a appris l’anglais, l’italien, l’allemand, l’espagnol. Il connaît la moitié de l’Europe et les Etats-Unis. Et 11 ne quitte ses études que pour se consacrer au placement des sans-travail, infirmes comme lui. Il n’est pas désabusé. Au contraire. Il me griffonne, sur un bout de papier : « Je suis pour la vie pleinement vécue et sans hypocrisie. » Ravi, il me désigna sa famille qui rit en silence.

Puis, de son doigt écrasé sur la manchette de son journal, il me montre, en exergue, la phrase de Hugo : « Qu’importe la surdité de l’oreille, quand l’esprit entend. La seule surdité, la surdité vraie, 1;-:” surdité incurable, c’est celle de l’intelligence. » Emile Condroyer.

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