Fabien Hamisi est sourd et muet, mais n’allez pas le traiter d’idiot uniquement parce qu’il parle un langage que tout le monde ne comprend pas.
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| Fabien Hamisi se sert du langage des signes pour sensibiliser les malentendants au VIH et au sida |
M. Hamisi est
directeur exécutif de l’Association nationale des sourds du
Burundi, dont le rôle est de faciliter la communication des
malentendants en leur enseignant le langage des signes.
La politique burundaise de lutte contre le VIH/SIDA ne
prévoit aucune disposition spéciale en vue de sensibiliser
les handicapés au VIH. Une bonne partie de ce groupe de
population ne dispose donc pas des informations les plus
élémentaires concernant le virus. « À la télé, on ne voit
que les images, mais sans interprète, il n’y a pas de
message », a expliqué M. Hamisi.
Au Burundi, les sourds sont peu nombreux à suivre un
parcours scolaire et les rares établissements privés pour
malentendants ne vont pas au-delà de l’école primaire. Dès
lors, non seulement ils ne bénéficient pas des programmes de
sensibilisation au VIH/SIDA offerts dans les écoles, mais
bon nombre n’apprennent jamais à lire, à écrire, ni même à
signer.
La plupart communiquent en utilisant des signes inventés que
seule leur famille proche comprend, mais l’Association
nationale des sourds a commencé récemment à leur enseigner
le langage des signes officiel et les informe sur les
dangers du VIH. « C’est le seul message sur le VIH/SIDA
susceptible d’être transmis aux personnes comme moi », a
indiqué Charles Njejimana, l’un des bénéficiaires de cette
formation.
Mais les malentendants ne sont pas le seul groupe
d’handicapés privé d’informations sur le VIH/SIDA. « Pour
les personnes atteintes de handicaps auditifs ou visuels,
ces messages ne sont pas adaptés ; quant à celles qui
souffrent de handicaps physiques, elles ne peuvent pas se
rendre là où elles pourraient recevoir des informations,
notamment à des réunions publiques, dans des centres de
santé, etc. », a indiqué à IRIN/PlusNews Pierre Claver
Seberege, président de l’Assemblée nationale des personnes
handicapées.
Au cours d’une réunion sur le VIH/SIDA et les handicapés,
tenue en avril à Bujumbura, la capitale, Immaculée Nahayo,
ministre de la Solidarité nationale, également responsable
des questions de droits humains, a déclaré que le Burundi
comptait environ 15 000 personnes handicapées séropositives.
Particulièrement vulnérables
Handicap International, l’organisation non-gouvernementale
(ONG) qui a organisé la rencontre, soutient 15 associations
d’handicapés au Burundi, en formant les handicapés à
sensibiliser leurs pairs au VIH/SIDA et en leur enseignant
diverses compétences, telles que la couture ou la
menuiserie.
Selon Come Niyongabo, coordinateur de programmes chez
Handicap International, l’on croit souvent à tort que les
personnes handicapées n’ont pas de rapports sexuels. Dans la
tradition burundaise, a-t-il noté, un enfant né handicapé,
quel que soit son handicap, est considéré comme une
malédiction, à dissimuler aux yeux du monde.
« Cette marginalisation explique pourquoi les femmes
handicapées sont peu susceptibles de se marier, ou ont
tendance à accepter toute proposition [sexuelle] de la part
des hommes », a indiqué M. Niyongabo lors de la réunion. «
Vous trouverez beaucoup de femmes et de filles handicapées
enceintes, car elles estiment qu’avoir un enfant [leur
donnera] de la valeur aux yeux de la communauté ; cela les
expose à avoir de multiples partenaires sexuels et, par-là
même, à un risque de VIH accru ».
Les femmes handicapées sont également des proies faciles
pour les violeurs, car bon nombre d’entre elles ne peuvent
pas se défendre lorsqu’elles sont agressées physiquement.
Certains Burundais croient également au mythe selon lequel
avoir des rapports sexuels avec une fillette handicapée
porte chance. « De nombreux commerçants cherchent à coucher
avec ces fillettes pour que leurs commerces soient prospères
», a commenté M. Niyongabo.
Les délégués présents lors de la réunion ont appelé le
gouvernement à inclure les handicapés dans leur politique
nationale de prévention, de traitement et de soins VIH, et à
encourager leur participation à tous les niveaux du
processus décisionnel concernant le VIH.
« Toutes les personnes engagées dans ce secteur devraient
concevoir des messages spécifiquement destinés à prendre en
compte les différentes formes de handicap : des messages
spécifiques pour les personnes atteintes de handicaps
auditifs ou visuels, et même pour les handicapés mentaux »,
a recommandé M. Seberege, de l’Assemblée nationale des
personnes handicapées.
Les handicapés ont également été invités à s’exprimer
davantage sur leurs besoins et à prendre l’initiative sur
les questions concernant leur santé.
Source : http://www.irinnews.org © 08/05/2008 à Bujumbura
