À l’Inter, ils apprennent à parler avec les mains

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Une salle de classe, un tableau blanc, des élèves qui bavardent en s’installant autour d’une table… Scène ordinaire d’un cours de collège. « Maintenant, je vais arrêter de parler », annonce Audrey Gastebois, de l’association Des mots de mains, d’Isigny-sur-Mer, dans le Calvados. « On va discuter en langue des signes. » Doucement, elle se met à signer. Encore et encore, elle répète les gestes. Vigdis, Chloé et Augustin, élèves en 6e à l’Interparoissial, tentent de les reproduire. Un silence concentré s’établit dans la pièce, parfois rompu par le rire léger des collégiens lorsqu’ils peinent à imiter l’intervenante.

« On entre dans un monde d’images »

« Ah, OK, j’ai compris ! » s’écrit soudain Augustin. Dans un sourire bienveillant, Audrey Gastebois lui fait signe de ne pas parler. Peu à peu, les trois collégiens apprivoisent ce nouveau langage et parviennent à signer « Bonjour », « Comment ça va ? » mais aussi les mots « Prénom », « Nom » et « Ville » que la jeune femme a inscrit sur le tableau blanc.

À tour de rôle, chacun va au tableau, signe face à Audrey Gastebois avant d’écrire son identité. Mais la colonne « Signe » reste désespérément vierge. Aucun des trois élèves présents, jeudi, ne comprend ce qu’Audrey Gastebois attend.

Le mystère s’éclaircit à la fin du cours : « Chaque personne a une identité sonore, son prénom. Elle a aussi son signe, qui la définit. C’est son prénom en geste. » Les élèves écarquillent les yeux« Vigdis, tu portes des lunettes, cela pourrait te représenter. Toi, Chloé, tu as une fossette à la joue. Pour toi, Augustin, on pourrait rappeler tes cheveux », propose Audrey Gastebois.

Le cours se termine, rendez-vous est pris pour la semaine prochaine. « Quand on apprend la langue des signes, on entre dans un monde d’images. Cela oblige à penser autrement. Dès que l’on commence à se présenter, on est tout de suite dans le vif du sujet », remarque Audrey Gastebois. Elle interviendra tout au long de l’année au collège Interparoissial, en binôme avec Sandrine Pérez« Elle est elle-même sourde et je suis entendante. C’est une grande richesse pour la formation. »

Cette initiation en trente séances a débuté début octobre. « Elle est ouverte à tous les élèves, de la 6e à la 3e », précise Bertrand Doron, directeur de l’établissement. Ils sont quatre, dont une élève de 3e, à s’être inscrits à cette activité dont le coût est pris en charge par le collège. Elle est organisée dans le cadre des activités périscolaires. « On demandera l’année prochaine, si possible, à ce que cela devienne une option. L’idée est de la pérenniser. »

Également coordonnateur du groupe scolaire Sainte-Marie, à Tessy-sur-Vire, Bertrand Doron rappelle qu’une activité langue des signes a également été proposée aux écoliers du premier degré, l’année dernière, dans le cadre d’un projet autour du handicap. En invitant les élèves à découvrir la langue des signes, il s’agit de leur permettre d’appréhender « d’autres moyens de communiquer », pour cultiver l’envie « d’aller vers l’autre ».

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