Testé pour vous. La langue des signes avec « Signer ensemble » à Alençon

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Parler sans voix, cela s’apprend, c’est la langue des signes. L’association « Signer ensemble » à Alençon (Orne) permet de s’initier à la langue des signes française.

Je retourne à l’école pour quelques heures. Il est 18h, nous sommes jeudi 17 octobre 2019 et l’initiation à la langue des signes par l’association « Signer ensemble » va commencer.

Pas de cartable, mais un stylo et mon carnet afin d’apprendre ce qui va m’y être enseigné ce soir : les couleurs et la famille, en signes.

Permettre aux personnes sourdes de communiquer entre elles, et surtout, avec les autres, est primordial aujourd’hui. Et apprendre, s’initier, pouvoir communiquer en étant entendant, c’est possible. Si on apprend cette langue.

Je préfère le dire tout de suite, je ne parle pas (encore) couramment. Je ne connaissais rien jusqu’à aujourd’hui sur la langue des signes Française (LSF). Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est plus facile que ça en a l’air.

Chut, on signe !

Déjà, en langue des signes, on ne parle pas, on « signe ». Avant de commencer le cours, la comptable de l’association glisse :

De plus en plus de gens veulent connaître, veulent apprendre la langue des signes, aussi bien les seniors que les jeunes ».

Et parmi les plus jeunes, certains sont justement un niveau au-dessus. Pendant que nous apprenions avec d’autres débutants la famille et les couleurs, eux traduisaient à plusieurs une chanson.

Le but de la langue des signes est simple selon Fabienne Chartier, présidente de l’association : « Faciliter le dialogue entre entendants et sourds ».

Ce soir, j’apprends avec Pascale et Angélique et d’autres apprenants. Angélique est sourde, et Pascale entendante.

Qui dit langue, dit mots de vocabulaire mais aussi formes de syntaxe et de grammaire.

Comme pour toute nouvelle langue, ou apprendre à parler, il faut commencer par les bases. C’est pour cela que la famille et les couleurs sont un bon début.

Fabienne Chartier en quelques mots
La maîtresse de cérémonie, c’est Fabienne Chartier, présidente de l’association. Elle a commencé à apprendre la langue des signes il y a de cela plus de 20 ans mais a aussi étudié les sciences du langage :
« Depuis l’âge de 14 ans, j’ai toujours voulu apprendre la langue des signes Françaises. Pendant un voyage en Grèce car j’ai vu des jeunes filles signer, c’était frustrant, car je ne comprenais rien et j’ai dit qu’un jour, je saurai ».
C’est bien le cas, aujourd’hui maintenant qu’elle survole les douze niveaux de langue des signes, un niveau correspond à 30h. Elle a été diplômée en 2007 et est aujourd’hui professeur spécialisé auprès d’élèves sourds.

Chez les débutants, le public est très hétérogène, mais déterminé à progresser, à l’image de mon voisin qui dessine sur de nombreuses feuilles de papier divers schémas pour connaître les formes que prend chaque mot en langue des signes. Un alphabet, en somme.

Apprendre le signe, sa signification, faire le signe, imiter, recommencer, et le mettre dans un contexte : voilà, j’apprends un mot, puis deux mots, trois mots et ainsi de suite. Papa, maman, orange, bleu, oiseau, arbre etc.

Je retombe presque en enfance. Avec un jeu de cartes imagées, nous devons signer ce qu’on voit dessus, ou alors traduire ce que l’assistance cherche à nous dire.

Tout peut se signer

Dans cette langue, de nombreux repères visuels permettent de faire comprendre d’autres choses qu’avec les mots. L’expression du visage fait partie entièrement de la langue des signes, qui peut permettre de comprendre de nombreux mots grâce au contexte, comme avec les homonymes par exemple.

Tout peut se signer et s’imager… à l’image de la façon de s’appeler. Pascale explique :

Les noms signés sont différents de leur orthographe car sinon cela serait trop long de le faire lettre par lettre »

Pour signer le mot famille par exemple, les mains sont collées, pour rappeler qu’une famille est soudée. Le contexte et la syntaxe sont importants pour s’exprimer en langue des signes, et les exemples sont nombreux :

Pour parler d’une fille ou d’une femme, c’est le même signe, mais dans le contexte, on va comprendre »

Signer, c’est aussi décomposer, ou en tout cas revenir au sens originel de chaque mot.

On ne dira pas un grand-père, mais un père vieux, en signant père, puis vieux, ni une grand-mère mais une mère, vieille.

Eviter les pièges

Si on décompose les différentes générations, on décompose aussi chaque action ou mouvement. Mais attention, il y a des pièges, car selon les endroits où l’on se trouve sur le territoire, des mots peuvent changer. Ma formatrice sourit :

C’est une langue, nous, nous avons des accents, en langue des signes d’une région à l’autre on a des signes différents. Le plus dur pour moi, ce n’est pas de signer, c’est de comprendre ».

Finalement, ce que j’ai le plus appris durant cette séance, c’est casser mes codes, car la langue des signes, ce n’est pas « que » parler avec les mains. Loin de là.

C’est aussi parler avec le visage, le corps, et parfois utiliser ses deux mains pour s’exprimer. Cela se rapproche du mime.

S’initier à la langue des signes rappelle certainement des enseignements primordiaux de la vie. Comme la tolérance, dès lors que l’on sait communiquer avec une personne sourde, cela permet de mieux l’intégrer dans notre société. Et c’est sûrement pour cela, que de nombreux jeunes sont là, afin de pouvoir mieux inclure leurs camarades en parlant avec eux.

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