la langue des signes au lycée, 3 heures par semaine qui cartonnent!

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On peut même en attraper des courbatures.

Acceptée par le rectorat en juin seulement, l’option langue des signes du lycée privé La Sagesse à Valenciennes a immédiatement trouvé son public. Vingt-sept élèves s’y forment à raison de trois heures par semaine. Retour sur une aventure qui séduit.

Le cours de Cathy Lefebvre vient de commencer. On n’y entend que les déclenchements de l’appareil du photographe qui tourne dans la classe. Et pourtant la prof interroge, ses élèves répondent et elle corrige, félicite… Vingt-sept filles, les yeux rivés sur l’enseignante, apprennent la communication pour sourds et malentendants. C’est leur quatrième cours : « Elles sont motivées. D’une séance à l’autre, elles ont appris l’alphabet et il n’y avait pas d’erreurs ». Pourtant, ce n’est pas simple : la grammaire et la syntaxe sont différentes de la nôtre. Exemple ? « Les verbes de mouvement sont à la fin, on pense en images. ». Et les élèves ont… des courbatures : « Cette langue s’exprime par des mouvements que l’on n’a pas l’habitude de faire. »

Aller vers l’autre

Toutes ces élèves en seconde générale et technique qui se destinent au paramédical, à la santé ou au social (comme éducatrices) ont bien compris l’intérêt de cette nouvelle option. Eugénie veut devenir sage-femme. Elle se réjouit déjà de pouvoir communiquer avec une maman sourde : « Ces personnes n’ont pas à pâtir de la surdité ». Suzon ajoute que la langue des signes peut servir dans n’importe quel métier. Léa et Laly y voient « un pas vers les malentendants ».

Raphaëlle est là pour communiquer avec sa marraine dont l’audition ne cesse de se dégrader. Léa, elle, a un vécu qui l’a aspirée vers ce cours : « Quand j’étais petite, j’étais sourde. J’ai été opérée et maintenant j’entends. Mais mes parents n’y connaissaient rien en langue des sourds. » Elle ne veut pas passer à côté.

En contact direct

L’instauration de cette option est née d’une demande d’élèves. Cathy Lefèbvre a été pendant trois ans l’accompagnante d’une jeune sourde profonde en tant qu’aide. La langue des signes a titillé la curiosité des filles de sa classe désireuses d’approcher mieux le handicap. « Elles m’ont dit un jour : «  Peut-être que vous parlez de nous, on ne peut pas le savoir. » On était en situation de handicap inversé, elles n’étaient pas dans notre monde, à cette élève et moi. »

L’établissement valenciennois est un des rares de la région Hauts de France à proposer cette option langue des signes

Du coup avec le directeur Jean-Baptiste Gros, Cathy a ouvert un club le mercredi après-midi, en plus des cours. « Ça marchait très bien, on s’est rapproché de l’association Val’Signes et on a planifié des activités ensemble. » C’est devenu un lieu d’échanges. D’ailleurs la professeur a l’intention de poursuivre ces rencontres avec des malentendants dans le cadre de l’option scolaire.Les mains pour communiquer aussi avec les bébés

Pour l’établissement privé de 900 élèves, ouvrir l’option langue des signes n’a pas été facile. Le directeur a fini par écrire au ministère directement. Quelques soutiens politiques plus tard (celui de la députée et du président de Région), le lycée a obtenu l’autorisation in extremis, en juin. Dans le cours, il n’y a que des filles : les garçons se sont réveillés quand il n’y avait plus de place.

Des cours de baby-signes

La communication signée fait des émules aussi parmi ceux qui ont quitté les bancs d’école. Un cours du soir pour adultes a vu le jour depuis la rentrée, tous les lundis de 17 h 30 à 19 h 30. Jean-Baptiste Gros est confiant : « Si on a beaucoup de candidats, on en fera un deuxième dans la semaine. »

Un autre volet de ce langage par la gestuelle est à l’étude : La Sagesse pourrait proposer la langue des signes pour les bébés. Déjà pratiquée dans certaines crèches, elle permet de communiquer avec les bébés avant que le langage oral ne se déclenche. Ici, on associe des signes aux demandes des tout-petits comme manger, obtenir son doudou, etc. Cette méthode permettrait d’éviter bien des pleurs. Les cours du soir, là aussi, seraient donnés pour les personnes travaillant dans les structures petite enfance et les parents.

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