Kenya: un restaurant de Nairobi embauche du personnel sourd et muet

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Les employés du Pallet café, à Nairobi au Kenya

À Nairobi, dans l’un des quartiers cossus de la capitale, un restaurant a ouvert ses portes il y a 6 mois, le Pallet café. Sa particularité : les serveurs sont sourds et muets. Un handicap qui les a toujours jusqu’ici exclus de la société. Un homme, Faïçal Hussein, entend bien faire changer les mentalités en les engageant dans son restaurant.

C’est l’heure du déjeuner et les tables se remplissent au Pallet café. Un petit coin de verdure au cœur de l’effervescence de la capitale. Cette cliente chinoise prend sa commande auprès de l’un des serveurs.

« On est en train de communiquer. Il me dit de lui écrire notre commande et j’utilise aussi les signes indiqués sur le menu que nous pouvons apprendre pour parler aux serveurs. C’est très facile. »

Parce qu’ici, les 14 serveurs et cuisiniers sont sourds et muets, comme indiqué sur leur t-shirt noir de service. Parmi eux, Divia, 37 ans, mère célibataire. Elle vient d’une famille pauvre de l’ouest du pays. Son travail au Pallet café était inespéré. Myriam, sa manager, traduit pour nous la langue des signes.

« Elle dit que sa vie a été très difficile. Chez elle, ses proches la laissaient seule, la négligeaient. Ensuite, c’est très dur de trouver un travail. Elle a présenté plusieurs fois sa candidature, mais à chaque fois, on lui répondait d’attendre sans jamais lui donner une réponse. Quand elle a commencé à travailler ici, elle était inquiète, mais aujourd’hui, tout va bien. Les clients communiquent avec elle, parfois écrivent et ils se comprennent. »

Derrière cette initiative, Faïçal Hussein, co-fondateur du restaurant.

« J’ai travaillé dans l’humanitaire. Je sais ce dont les personnes handicapées ont besoin et par quoi elles traversent dans ce pays. Je pense que l’ensemble du continent a un problème avec l’employabilité des handicapés. Pourtant ici, ils n’ont pas encore fait une erreur qui me ferait regretter de les avoir engagés. Ils se concentrent beaucoup. J’espère que pour chaque personne qui vient ici, c’est une leçon. Tout ce dont ils manquent, c’est la confiance en eux parce qu’ils ne sont pas intégrés dans la société. »

La confiance en lui, Boniface, 24 ans, l’a acquise depuis qu’il travaille ici. Myriam, la manager, traduit.

« Dans la rue, vous voyez beaucoup de handicapés mendier parce que personne ne veut leur donner un travail. Alors il était très heureux lorsqu’il a décroché ce travail. Les clients sont contents de lui. S’ils ne comprennent pas, ils écrivent et ils communiquent bien parce qu’il est très alerte avec ses yeux. »

Un autre Pallet café devrait ouvrir prochainement dans la capitale. Faïçal Hussein, le fondateur, tente de rallier d’autres établissements à son projet. À ce jour, une vingtaine de malentendants ont ainsi été engagés par les fournisseurs du restaurant.

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