Grâce à une pédagogie adaptée, les personnes sourdes ont accès au permis de conduire

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Le projet « Voir & Conduire » est né en 1968 sous l’égide d’un ancien directeur de l’IRSA. Depuis plus de 50 ans, il permet à des jeunes et moins jeunes sourds de réussir leur permis de conduire grâce à un apprentissage adapté à leur surdité. Depuis 2011, à la demande du directeur, le CREE a soutenu le projet pour finalement en reprendre la coordination et la gestion totale. L’asbl organise des cours préparatoires à l’examen théorique du permis de conduire B pour les personnes sourdes et malentendantes, à Bruxelles.

Corentin Wanson a participé à cette formation. Après avoir réussi son examen théorique, il a décroché son permis de conduire. Pour un jeune de son âge, rien de plus commun sauf que Corentin n’entend rien. Une question s’impose : comment une personne sourde peut-elle évoluer dans le trafic sans entendre les avertisseurs sonores des autres usagers de la route ? Corentin, qui conduit depuis un an, nous répond en langue des signes: « C’est vrai que je n’entends rien, mais je compense par le visuel. Il y a des sons que je ressens aussi par les vibrations et que je repère par le rétroviseur, comme les ambulances. Je vois aussi parfois les autres véhicules qui ont une réaction, comme se mettre sur le côté, donc je sens par rapport à la circulation le comportement que je dois avoir« .

Une formation adaptée

Mais avant l’examen pratique, il faut apprendre la théorie. Financé en partie par Cap 48, Le CREE offre un apprentissage totalement adapté aux sourds et aux malentendants. Les livres, comme les exercices, ont été retravaillés par les formateurs. Quasiment sans texte, tout est axé sur le visuel. Les élèves viennent de Bruxelles mais aussi de Liège, d’Anvers, de Verviers, ou de Mouscron comme Oksana Denylyshena : « Là où j’habite, il n’y a pas de cours en langue des signes. Il n’y a pas d’interprète. Ma motivation pour venir jusqu’ici, c’est d’avoir des cours accessibles pour obtenir mon permis de conduire« .

Les formateurs travaillent en binôme pour être bien compris par les élèves qui viennent de régions différentes. Précisons que dans la langue des signes, il y a aussi des dialectes comme nous l’explique l’une des formatrices, Fatima Moubayeb: « Il y a des langues des signes différentes. Il faut un petit peu s’adapter mais la base est commune. Il y a 80% de la grammaire qui est identique, et puis il y a juste un peu de dialecte. Et on va passer par ce qu’on appelle l’iconicité, quelque chose qui est beaucoup plus visuel, par des images pour comprendre et suivre le cours« .

La surdité et l’accès au français

Pour les personnes sourdes, apprendre le français et sa syntaxe est un exercice compliqué, car les codes ne sont pas les mêmes. Sophie Strykers, la directrice du CREE, nous explique la difficulté pour un malentendant de passer un examen théorique: « C’est vrai que certaines personnes sourdes ont un accès difficile au français écrit. Et donc passer un examen avec toutes les questions qui ne sont pas accessibles, cela n’est pas possible. Donc on prévoit un interprète sur place pour donner l’accessibilité à la langue des signes pour qu’ils puissent passer l’examen dans des conditions confortables comme toute autre personne« .

Zakaria Hammouche, qui a suivi ces cours adaptés, sort de son examen théorique qu’il a réussi du premier coup. Il a pu déjouer toutes les subtilités du questionnaire:  » Au niveau de l’apprentissage, il faut faire de gros efforts. Mais je sais que le fait de réussir montre que, par rapport aux entendants, on est capable et qu’on peut être à égalité« .

Avant la mise en place des cours adaptés pour les sourds et mal entendants, le taux de réussite était assez faible. Onze élèves sur douze, dont Zakaria, ont réussi l’examen du jour qui leur permet d’obtenir le permis théorique B. Un bilan extraordinaire que les entendants ont parfois du mal à atteindre.


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