Ludovic Bartout, sourd de naissance, fait briller la Haute-Vienne sur les pistes du monde entier

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Ludovic Bartout est licencié au club de l'ASBC Limoges, où il s'entraîne deux soirs par semaine entre 20 heures et minuit.

Ludovic Bartout enchaîne, depuis dix ans, les médailles internationales en bowling sourds. Malentendant depuis la naissance, le Haut-Viennois n’a eu de cesse de surmonter ses plus grandes appréhensions pour construire ses succès.

Ludovic Bartout est un grand timide. Un trait de caractère intimement lié à ses problèmes d’audition. L’homme de 32 ans est sourd depuis la naissance. « J’ai toujours eu peur d’aller vers les autres », raconte celui qui vit à Saint-Junien. « À chaque nouvelle rencontre, j’appréhende de ne pas entendre et comprendre ce que l’on me dit. C’est très stressant comme situation. »

Ludovic a toujours traîné ce manque de confiance. Le jour, par exemple, où il rencontre le directeur sportif de l’équipe de France de bowling sourds. C’était en 2007, à Rodez. « J’y suis allé avec mon père, parce que j’avais très peur de cette rencontre », se souvient le jeune homme, employé dans une entreprise de mécanique. « Jusqu’au bout, j’ai pensé que c’était une arnaque. »

Un palmarès bien garni. En août dernier, Ludovic Bartout rentrait des championnats du monde organisés à Taïwan avec quatre médailles. Une récolte qui lui a permis d’étoffer un peu plus son palmarès déjà bien garni. S’il lui manque un titre, le Haut-Viennois totalise neuf breloques mondiales et européennes. Ludovic est parvenu à se hisser sur les podiums dans de multiples catégories du bowling : individuel, doublette, triplette ou encore en équipes de cinq. Le prochain rendez-vous international est dans deux ans, avec les Deaflympics organisés à Los Angeles ou Dubaï

Candidat pour l’équipe de France

L’entretien ruthénois n’était pas une escroquerie. « L’homme m’a annoncé que j’étais candidat pour intégrer l’équipe de France de bowling sourds », poursuit Ludovic. « Je n’y ai pas cru. Il était inimaginable que je fasse partie un jour d’une quelconque équipe de France. »

Ludovic est pourtanun locataire assidu des salles de bowling. Depuis que son cousin lui a fait découvrir la discipline, à 16 ans, le garçon ne pense qu’à une chose : faire tomber les quilles. « Çam’a plu dès le départ. C’est un sport qui demande beaucoup de concentration et d’adaptation. »

Un premier voyage à Taïwan

Pour Ludovic, il n’est pas question de laisser passer la chance qui lui est offerte de pratiquer le bowling au plus haut niveau. Sans grande conviction. « Il n’y avait qu’une place à prendre », souffle le bowler. « Je n’avais aucune chance, mais j’ai joué le jeu. »

Sans travail et célibataire à l’époque, Ludovic a le temps de s’entraîner presque tous les jours. Ses week-ends sont dédiés aux compétitions. Non sans peur. « Au début, par crainte, je n’osais pas faire de longs déplacements pour jouer. » Son investissement paie deux ans plus tard, en 2009.

Il gagne un droit d’entrée pour les Deaflympics (*), à Taïwan« C’est la première fois que j’ai voyagé et pris l’avion, j’étais super content », sourit Ludovic. La joie n’altère pas, cependant, la peur chronique du champion. « J’étais effrayé au décollage et à l’atterrissage de l’avion. »

Une équipe de France composée d’habitués. À l’origine seul sur les compétitions internationales, Ludovic a été progressivement rejoint par d’autres coéquipiers. Les cinq sélectionnés se côtoient depuis maintenant plusieurs années, et sont devenus de « grands amis ». Presque une « famille ». Licenciés dans des clubs différents, ils se voient une dizaine de fois par an à l’occasion des stages, entraînements et compétitions. « Par contre, on se donne très régulièrement des nouvelles », affiche fièrement Ludovic. 

Une motivation supplémentaire

Arrivé à Taïwan, Ludovic en prend plein les yeux. « J’ai rencontré de nouvelles personnes, devenues des amis, et découvert une culture incroyable. J’avais été marqué, notamment, par les restaurants. Il n’y en a aucun situé dans un bâtiment normal, en dur. Ils sont tous dans des camions. Sportivement, en revanche, c’était un échec. »

Suffisant pour motiver le Limougeaud à s’entraîner encore plus. « L’expérience sportive m’a permis d’identifier mes lacunes et mesurer mon retard sur le niveau international. J’ai repris le chemin de l’entraînement très rapidement. »

Première médaille internationale

Ludovic enchaîne ainsi les sélections en équipe de France. Et progresse. En 2015, il remporte sa première médaille mondiale dans une épreuve par équipe. « On en a pleuré de joie », s’exclame le jeune homme. « On a fêté cette récompense en buvant du champagne toute la nuit. Le lendemain, on est passé complètement à côté de l’épreuve. »

À partir de là, les podiums internationaux se succèdent pour Ludovic. Bien aidé par une équipe de France de plus en plus structurée. Seul à ses débuts, il est désormais accompagné de quatre compatriotes et d’un entraîneur. « C’est beaucoup plus agréable de se déplacer en groupe », estime Ludovic.

« Être entouré d’une véritable équipe, c’est une force. Chacun se tire vers le haut. »

LUDOVIC BARTOUT

De cette manière plus entouré, Ludovic se sent évidemment plus à l’aise lors des différentes compétitions internationales. « On rigole plus, même pendant un match, tout en restant concentré. On a aussi plus de soutien quand on joue. Ça influence la réussite sportive. C’est une pression positive, plus motivante. »

Le meilleur souvenir de Ludovic. Il remonte à 2017, aux Deaflympics organisés en Turquie. Le Haut-Viennois y remporte sa première médaille en épreuve individuelle. « C’est la plus belle », raconte le jeune homme. « Toutes les équipes de France étaient dans les tribunes pour me soutenir. Je me suis battu seul sur la piste pour réussir. J’ai eu un niveau de jeu que je ne pensais pas être capable d’atteindre. C’était magnifique. »

Un équilibre de vie pour de meilleurs résultats

À en croire Ludovic, l’équilibre dans sa vie a également une importance sur ses résultats. « L’entreprise dans laquelle je travaille ne m’a jamais empêché de participer à un stage ou une compétition », assure le trentenaire. « Mes collègues s’intéressent à mes aventures. Ils me posent toujours des questions sur les pays que je visite au cours des compétitions. » Sans oublier la famille et la petite amie de Ludovic.

« Dans ma vie personnelle, je suis totalement comblé et épanoui. »

LUDOVIC

« Ils pensent que je joue un peu trop au bowling, mais ils me soutiennent à fond. » Il en a bien besoin, de ce soutien. Souffrant de son manque de confiance, le sportif se voit toujours perdant. « Je n’ai jamais cru à mon niveau », résume Ludovic. « Je ne suis jamais satisfait de ce que je fais, il me manque toujours quelque chose. Au travail, c’est pareil, j’ai toujours peur de mal faire. Ma copine est toujours là pour m’encourager et me rassurer,  me dire que je peux gagner. »

Nul doute que sa petite amie croit en lui. « Elle a pris l’habitude que je lui ramène des médailles internationales, la joie n’est plus la même qu’au début », rigole-t-il. « Moi aussi j’en ai pris l’habitude. » À tel point que Ludovic envisage de rejoindre l’équipe de France valide. Et dompter, une nouvelle fois, ses inquiétudes.

(*) Il s’agit d’une compétition internationale multisports, qui a lieu tous les quatre ans, dédiée aux personnes sourdes et malentendantes.

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