Les enfants sourds s’approprient le chant et la musique

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Les enfants sont là sur leur demande. Ils sont motivés et montrent beaucoup d’entrain lors de ces cours de chant et de musique.

De jeunes sourds suivent un stage dans une école de musique. Ces cours leur permettent de prendre confiance en eux et de moduler leur voix.

Un jeune garçon de 5 ans joue sur des percussions pendant que trois autres, de 8 à 11 ans, chantent dans des micros. « Toi, plus moi, plus eux, plus tous ceux qui le veulent ». Leur professeur, Pierre-Loup Nguyen-Khanh, les accompagne au piano dans une salle insonorisée de l’école Music Addict Records, à Nouméa. Une autre adulte est présente, face aux enfants. Aymeline Hamon est une des trois codeuses en langue parlée complétée (LPC) sur le territoire. Avec ses doigts et ses mains, au niveau de son visage, elle retranscrit les voyelles et les consonnes des paroles de la chanson tout en articulant avec sa bouche les mots et les phrases. Elle explique : « Je rends phonétiquement visible la langue française. Cela permet aux enfants de communiquer en français. Après, ils pourront simplement se repérer sur la lecture labiale ».

En effet, la particularité de ce cours de musique est qu’il s’adresse spécifiquement à des enfants sourds. Ce projet est mené depuis un an par l’Association pour la surdité APS et l’école de musique. Il a pu être réalisé grâce au prix de l’appel à projets du Centre communal d’action sociale CCAS de la ville de Nouméa, remporté l’année dernière et cette année« Les cours sont adaptés aux enfants sourds et leur permettent d’appréhender la musique malgré leur handicap. Les bienfaits sont d’ordre psychologique et favorisent la confiance en soi, la sociabilité, mais aussi d’ordre psychomoteur en agissant sur le geste, les vocalises… », explique Lauriane Lombart, coordinatrice de l’association. Tous les matins, de 9 heures à 11 heures, durant la première semaine des vacances scolaires, les enfants se rendent à l’école avec entrain. Ils sont tous appareillés, trois ont un contour d’oreille et un à un implant. Cela n’en fait pas pour autant des entendants. « Les sons sont très différents, métalliques, robotisés », décrit Aymeline Hamon.

Moduler leur voix

Ces cours permettent aux enfants de prendre confiance en eux, de s’exprimer dans de nouvelles conditions, hors du cadre familial ou scolaire. « C’est aussi un moment convivial qui leur permet de rencontrer d’autres enfants sourds. C’est rassurant pour eux de voir des personnes souffrant du même handicap et ils se rendent alors compte qu’ils ne sont pas seuls dans ce cas », explique Aymeline Hamon. Les cours leur apprennent également à moduler leur voix. Ils s’entendent souvent très mal et ont donc des difficultés à poser leur voix et à parler. Ils peuvent avoir honte de communiquer à l’oral. La codeuse ajoute une anecdote« Ce ne sont pas les seuls en difficulté et c’est important qu’ils le sachent. Lors du stage précédent, j’ai fait des erreurs en chantant, les enfants ont ri et m’ont dit, étonnés, Oh tu es entendante et tu te trompes ! ». Pierre-Loup Nguyen-Khanh, résume : « La musique est intimidante et difficile pour tout le monde ».

Pour les sourds appareillés, l’écoute paraît monocorde. Il est alors difficile d’aborder la notion de hauteur du son musical, ce qui correspond à son harmonie et à sa mélodie qui lui confèrent son caractère grave ou aigu. Dans certains cours, Pierre-Loup Nguyen-Khanh utilise alors une application sur sa tablette afin de leur faire visualiser. « On leur montre que leur voix peut changer et ça les aide à la contrôler. » Les enfants semblent tous très motivés par le chant mais aussi par la découverte des différents instruments de musique. L’un à la batterie, l’une au piano et une autre au violon, ils forment ensemble un petit orchestre sous les ordres visuels de leur enseignant. Fin novembre ils participeront au spectacle de fin d’année de l’école de musique et chanteront Toi plus moi. 

Difficile apprentissage de la langue

La langue des signes est une langue à part entière. « Et elle devrait être enseignée à l’école comme telle et non pas comme activité extrascolaire dans des associations », ajoute Cathy Gopoea, membre du bureau de l’association Communication, culture, dynamisation pour le soutien des personnes sourdes. C’est la seule structure l’enseignant. Elle pointe du doigt « l’absence ici de reconnaissance de la langue des signes par le rectorat. Il n’y a pas de véritable inclusion de ce handicap dans le milieu scolaire puisque l’enseignement de cette langue n’est pas dans le programme. » Lauriane Lombart, de l’Association pour la surdité (APS), déplore, elle aussi, cette situation. « Malgré une forte demande, il manque des structures pour apprendre la langue des signes et il y a un véritable manque d’informations sur la surdité sur le territoire. » Il y aurait 87 enfants calédoniens atteints de troubles auditifs et qui sont actuellement reconnus comme étant en situation de handicap.

L’APS ne donne plus de cours, son formateur est parti du territoire il y a deux ans. A l’Université de Nouvelle-Calédonie, il existe par contre des cours de langue des signes pour les étudiants.

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