Ils racontent le tennis sans le son

0
40

Ça s’entraine dur et ça frappe plutôt fort au centre national d’entrainement. L’équipe de France de tennis sourds et malentendants prépare les championnats du monde. Une discipline peu connue que les joueurs nous font découvrir.

C’était le 21 août dernier. Le grand public apprenait soudain le nom de Duckhee Lee, sud-coréen, devenu le premier joueur sourd à remporter un match sur le circuit professionnel ATP. Une victoire porteuse de beaucoup d’espoir pour toutes les personnes atteintes de cet handicap. « Voir quelqu’un qui l’a fait ça devient un modèle, une source d’inspiration », décrit Antoine Labéribe, coach de l’équipe de France sourds et malentendants depuis un an. C’est donc avec une motivation décuplée que le groupe se retrouve pour un entrainement matinal. Le coach rappelle les consignes écrites sur le tableau, et surtout, il fait un point sur les différents signes qu’il utilisera au cours de la séance. « On enlève les appareils? », s’exclame l’entraîneur. Les joueurs n’ont pas le droit aux appareils auditifs lors des compétitions. Il faut donc dès les entraînements s’habituer à pratiquer dans de telles conditions. « Si j’enlève les prothèses comme on est obligé de le faire, je perds encore plus cette perception du son, encore plus quand la personne va décentrer, quand il y a un faux rebond », explique Mikael Laurent, multiple médaillé aux championnats du monde et aux Deaflympics, les « Jeux olympiques » des sourds.

La vision pour compenser

Pour rééquilibrer ce déficit, ils doivent impérativement développer leur vision. « On a que ça comme compensation, explique-t-il. On focalise toute notre attention sur la vision mais ça coûte en énergie. » Peut-être plus que pour des joueurs valides que les membres de l’équipe de France affrontent régulièrement, en dehors des compétitions spécialement dédiées aux sourds et malentendants. C’est ce que Marine Berney a fait pendant des années avant de découvrir il y a cinq ans cette équipe de France. Cette professeure de tennis a d’ailleurs vécu des scènes tragi-comiques. « Les adversaires annoncent des scores que je n’entends pas, je sers et je continue le point alors qu’il y a eu let, ils sont obligés de me faire des grands signes […] ils pensent clairement que je me fous d’eux mais ce n’est pas le cas. »

De grands objectifs

A l’entrainement, Antoine Labéribe a dû revoir sa méthode de fonctionnement. « Je parle beaucoup moins qu’en vrai parce que ça sert à rien de parler […] je vais faire beaucoup de démonstration de gestes, de signes assez simples. » Avec en ligne de mire ces championnats de monde du 12 au 19 octobre prochain en Turquie, Antoine Labéribe croit fortement au potentiel de ses joueurs : « l’objectif c’est d’avoir un titre. Je pense qu’en simple homme et double homme on a des possibilités ». Mais l’entraîneur n’en reste pas là. Son objectif ultime est de devenir champion du monde par équipe homme et femme en 2022.

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.