À Leclerc, Viviane peut désormais vous accueillir en langue des signes

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Si vous voulez répondre « oui » en langue des signes, il vous suffit de joindre le pouce et l’index, comme Viviane.

Après avoir pris des cours du soir pendant deux ans, Viviane, hôtesse de caisse à Leclerc Granville, a obtenu son certificat de compétences en langue des signes française, à l’âge de 60 ans.

En esquissant un mouvement, Viviane Lecaudey montre ses hanches de ses deux pouces : « Pour vous présenter comme responsable de magasin, il faut faire comme cela » , explique-t-elle à Maël Le Moal, président du centre Leclerc de Granville. Le 15 juillet, l’hôtesse de caisse et employée à l’accueil de la grande surface, depuis février 1992, a décroché son certificat de compétences en langue des signes française.

À l’origine de l’histoire, on trouve sa petite fille de 5 ans, Hanaë : « Comme elle est malentendante, toute la famille a commencé à apprendre. J’ai pris des cours du soir, une fois par semaine, pendant deux ans, à Visuel langue des signes française, à Rennes. Ils ont un établissement à Caen également » , explique Viviane. À l’âge de 60 ans, elle n’en revient d’ailleurs toujours pas d’avoir obtenu son diplôme : « Ils m’ont envoyé une vidéo pour m’annoncer que j’avais réussi : j’ai dû la regarder quatre fois. »

Et l’apprentissage s’est fait étape par étape : « À Visuel, les enseignants sont malentendants et tout est fait pour que l’on pratique le plus possible. On a commencé par l’alphabet, les chiffres, les formules de politesse… Les formateurs étaient vraiment attentifs et patients. » La langue des signes exigeant souvent que les gestes soient accompagnés d’expression du visage, il a fallu commencer par briser la glace : « Il y a quelque chose de très théâtral dans cette langue. Par exemple, quand on fait les animaux, il faut les imiter. Ça met mal à l’aise au début mais j’ai fini par m’y habituer. » Une habitude qui rencontre encore un peu ses limites: « Par contre, je me vois mal faire l’ours à ma petite fille » , plaisante-t-elle.

Depuis, Viviane échange et apprend à son tour, à Hanaë, à parler la langue des signes« Le monde des personnes malentendantes est particulier : souvent, elles finissent par s’isoler parce qu’elles ne sont pas comprises. On le voyait déjà un peu avec elle et on a voulu empêcher cela. »

Quelques gestes qui font la différence

Dans son travail aussi, Viviane voit la différence : « La dernière fois, une adolescente malentendante s’était perdue dans le magasin, elle ne pouvait pas entendre les annonces au micro, ce qui a commencé à la paniquer. Le fait que quelqu’un soit là pour échanger avec elle a tout de suite aidé. » Désormais, Viviane renseigne, indique la route, les moyens de paiement aux clients sourds et malentendants : « J’ai pu expliquer à l’un d’entre eux, qui avait remporté un jeu, qu’il avait le droit de participer une deuxième fois. Lui qui était renfermé d’habitude, il m’a souri. »

Quand on lui demande si la langue des signes est difficile à apprendre, Viviane garantit : « C’est accessible à tout le monde… Mais c’est plus simple quand on a la motivation. » Et c’est par la force des choses que les autres employés du service accueil de Leclerc s’y sont mis à leur tour : « Comme ma petite-fille vient souvent me voir, ils ont appris deux trois gestes pour pouvoir la saluer. Maintenant, on réfléchit à mettre en place des cours pour que je puisse enseigner les bases aux autres collègues, en septembre. »

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