Amber Galloway Gallego, l’interprète en langue des signes qui rappe plus vite que son ombre

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Depuis dix-neuf ans, cette native de San Antonio s’est spécialisée dans l’interprétation en live de concerts. Elle en a fait un acte militant.

Elle se tient sur le côté gauche de la scène, mais on ne voit pourtant qu’elle. En concert à Charlotte (Caroline du Nord) samedi 17 août, Twista, désigné en 1992 comme le rappeur le plus rapide au monde par le Guide Guinness des records – 280 mots à la minute tout de même –, s’est fait voler la vedette. Les yeux du public, des internautes, puis des médias américains étaient rivés sur la performance d’Amber Galloway Gallego, qui a livré en direct une traduction en langue des signes des chansons de l’artiste américain. La vidéo de cet exploit, ballet rythmique d’une vélocité implacable, aussi précis qu’harmonieux, a piqué de curiosité jusqu’au prestigieux Time.

Elle vole la vedette aux rappeurs

Elle est capable d’interpréter les raps les plus rapides au monde en langue des signes et elle le fait sur la scène avec les rappeurs. Elle, c’est Amber Galloway Gallego. 😍

Gepostet von AJ+ français am Donnerstag, 22. August 2019

Amber Galloway Gallego, 42 ans, n’est pourtant pas une nouvelle venue sur les scènes américaines. Depuis dix-neuf ans, cette native de San Antonio s’est spécialisée dans l’interprétation en live de concerts. Et ses mouvements si caractéristiques lui ont déjà valu de partager la scène avec des géants de la musique américaine, d’Eminem à Snoop Dogg en passant par Lady Gaga, Kendrick Lamar et Madonna.

1,6 million de vues

En 2013, cette militante de la pratique de la langue des signes avait déjà attiré l’attention au festival Lollapalooza. Une vidéo filmée grâce à un téléphone portable la montrait interprétant la chanson Fuckin’ Problems, d’A$AP Rocky, avec une énergie contagieuse. Sur YouTube, la vidéo compte aujourd’hui 1,6 million de vues.

Plus jeune, Amber Galloway Gallego voulait devenir rappeuse elle-même. Atteinte d’une maladie dégénérative qui la rend malentendante depuis ses 5 ans, elle décide de mener des études pour devenir physiothérapeute, et fréquente plusieurs sportifs sourds. Elle décide alors de suivre des cours d’interprétation en langue des signes. La révélation est quasi immédiate : elle se spécialise pour enseigner la langue, ce qu’elle fait depuis au Houston Community College.

Mais l’appel de la musique n’a jamais quitté cette « punkette » à la crête teinte en rose fluo. Pour ses proches, elle se lance dans des interprétations des tubes du moment. En 2001, elle se trouve à un concert au San Antonio Arena. Sur scène, un interprète traduit en langue des signes le concert, mais « sans y mettre tout son corps », expliquait-elle en 2015 à la star de télévision américaine Oprah Winfrey. « On avait l’impression qu’il traduisait une réunion du conseil municipal », dit-elle. Au culot, elle demande à l’un des organisateurs de l’événement si elle peut se prêter à l’exercice. C’est la première performance d’une longue série, qui vaudra même à Amber Galloway Gallego de fonder son entreprise, mettant en relations organisateurs de concerts et interprètes en langue des signes. Elle se bat depuis avec les festivals pour préférer des interprètes à de simples sous-titres, qui ne font pas ressentir le concert, explique-t-elle.

Militantisme

Sur son métier, celle qui vit désormais à Houston est intarissable. C’est que la tâche est ardue : interpréter une chanson ne signifie pas seulement en traduire les paroles, il faut aussi donner à entendre les riffs instrumentaux qui les accompagnent. « S’il y a une basse, alors ça signifie une intensité profonde », explique-t-elle au quotidien local Regina Leader Post, en mimant de ses bras un son grave par un large mouvement circulaire. « Il y a tous les types d’instruments, et chacun a une voix propre et joue un rôle précis. »

Malheur à celui qui lui dirait qu’elle se contente de faire de l’« air music » – du nom de ses gens qui miment, souvent avec force convulsions, des musiciens en plein concert –, Amber Galloway Gallego, elle, « communique, ce qui est une fonction du langage ». Militante de la première heure de l’équité entre personnes handicapées et non handicapées, l’Américaine a fait de son métier un combat, qui nécessite parfois sur un seul festival d’apprendre jusqu’à 150 chansons :

« C’est toujours un combat de permettre aux personnes sourdes d’accéder à la musique. Ils ne peuvent pas s’immerger dedans. C’est d’autant plus important que nous puissions leur permettre de faire tomber les barrières, pour que tout le monde – qu’il puisse entendre ou non – accède à la même expérience que constitue un concert. »

A NBC News, l’interprète a expliqué : « Mon héritage, je veux que ce soit que les personnes sourdes n’aient plus à se battre pour accéder au secteur du divertissement. »

Quel est le secret de sa rapidité devenue quasi légendaire ? Elle travaille minutieusement chacun des morceaux, fait des recherches approfondies sur les intentions de l’artiste. Pour certains titres particulièrement rapides, elle utilise également des abréviations, qui se rapprochent de l’argot utilisé par les musiciens.

« J’étudie tellement l’artiste que je sais comment il bouge, comment il parle, je comprends sa cadence, la manière dont il prononce les choses et dont il les chante. Je suis capable d’imiter tout ça en signes dans un processus qui doit paraître être fait sans effort, comme une simple extension du groupe. »

Elle s’en explique sur sa chaîne YouTube, suivie par plus de 50 000 abonnés, sur laquelle elle dispense de précieux conseils et des interprétations filmées. « Je devrais pouvoir aller à des concerts et ressentir autant de bonheur que vous », l’entend-on dire sur une vidéo destinée aux personnes capables de l’entendre.

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