Langue des signes au baccalauréat : des élèves séduits par une option hors normes

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« Attention à l’expression du visage, c’est très important », rappelle la professeure avant de lancer le morceau de musique. Dans un lycée de Seine-et-Marne, des élèves s’apprêtent à traduire une chanson en langue des signes, une option du baccalauréat qui attire de plus en plus de candidats « entendants ».

Pratiquer le « chansigne », discipline qui associe gestuelle et expression du visage pour traduire des œuvres musicales aux personnes sourdes et malentendantes, fait partie du programme de cette option suivie par quelque 3 000 lycéens en France, dont des élèves du lycée privé Saint-Laurent à Lagny-sur-Marne.

« J’ai commencé la LSF (langue des signes française) par curiosité. J’en avais déjà envie en primaire, mais quand j’ai demandé si on pouvait apprendre la LSF au collège, on a cru que c’était une blague », explique Haurane, en Terminale ES.

Interdite d’enseignement durant près d’un siècle jusque dans les année70, la LSF a été reconnue comme langue à part entière depuis 2005 et suscite, depuis, un intérêt croissant chez des candidats au bac qui ne souffrent pas de surdité.

Ils étaient moins de 200 à présenter l’épreuve au baccalauréat en 2008 pour la première session, plus de dix fois plus cette année. La LSF est désormais enseignée dans 61 lycées dans l’Hexagone.

L’épreuve se déroule en silence. Le candidat tire au sort une image ou un texte qu’il présentera après un temps de préparation. Il s’entretient également avec le jury, en langue des signes bien évidemment. Même les bonjours échangés à l’arrivée du candidat dans la salle sont « signés ».

Haurane arrive au bout de son cursus scolaire et se souvient de ses débuts. « J’étais figée, j’avais des mouvements très saccadés, puis c’est devenu plus fluide. Dans la LSF, l’expression faciale est très importante. Il faut oser bouger son visage. »

Les motivations des élèves du lycée Saint-Laurent sont variées mais aucun de ceux interrogés par l’AFP ne compte une personne sourde dans leur entourage proche.

Haurane, admise en fac de droit, veut simplement « participer à l’élargissement des droits des sourds en France ».

« Comme une scène de cinéma »

Pour Axel, passionné par les langues rares, « la LSF apporte une nouvelle façon de penser ». « On ne pense plus avec des mots mais avec des images », explique le jeune homme, qui accompagne, sans le faire exprès, ses paroles de gestes inspirés de la langue des signes. « La mémoire des mains », sourit-il.

Cette langue permet de « libérer son corps » et sa structure et sa syntaxe sont différentes du français parlé, relèvent élèves et professeurs. Des particularités uniques qui séduisent de plus en plus.

« La LSF se construit comme une scène de cinéma : on introduit d’abord le temps, puis le décor, et enfin l’action », explique Stéphan Barrère, interprète depuis 13 ans.

Un regret pour ces Terminales : la plupart ne pourront pas poursuivre cet apprentissage dans l’enseignement supérieur.

« Je voulais continuer mais il n’y avait pas de cours à l’université », déplore Lise, en master à Arras (Pas-de-Calais). Pour maintenir son niveau, elle regarde « des vidéos de signeurs sur YouTube et écoute des musiques retranscrites en LSF ». Elle s’astreint à la pratique régulière du « chansigne » pour ne pas perdre la main.

Après le lycée, approfondir ses connaissances en LSF revient toutefois « très cher », regrette Axel.

Plusieurs universités proposent des formations en LSF mais le niveau requis pour les candidats est très exigeant. Il est difficile d’y accéder « faute de formation gratuite », explique Stéphan Barrère.

« Vous ne pouvez pas faire un bain linguistique dans un pays étranger pour apprendre la langue. Un certain niveau est exigé pour intégrer les cursus spécialisés et il faut se former par ses propres moyens », précise-t-il.

Léa-Jade a passé l’option LSF au bac et est élève infirmière à Paris. « Parler la langue des signes, notamment en pédiatrie, cela permet de communiquer avec ces enfants malentendants », dit-elle.

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