Une messe qui fait signe

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Une fois par mois à la chapelle Saint-Daniel, à Asnières-sur-Seine, Nathalie Oudet traduit la célébration dominicale pour les sourds et les malentendants. Une volonté d’accessibilité appréciée.

La main est à plat, paume ouverte vers le ciel, et le poing de l’autre main est fermé dedans : les fidèles de la chapelle Saint-Daniel, paroisse d’Asnières (Hauts-de-Seine) réalisent ce geste simultanément. En fin de matinée, ils assistent à une messe dominicale un peu spéciale puisqu’elle est traduite en Langue française des signes (LSF), chaque troisième dimanche du mois. Ce poing dans la main signifie : « Amen. »Philippe, Brigitte ou Stéphanie viennent ici pour cette traduction, car ils sont malentendants. Face à eux, derrière un pupitre installé à quelques pas de l’autel, leur interprète traduit toute la célébration.

Une belle langue

Elle, c’est Nathalie Oudet. Une fois par mois, cette formatrice en LSF à l’Institut départemental Gustave-Baguer, spécialisé dans la scolarisation des jeunes déficients auditifs, propose ses services. Une collaboration venue un peu par hasard, il y a 10 ans« Il y avait une messe organisée avec les petits chanteurs d’Asnières à l’église Sainte-Geneviève. Mon fils faisait partie de la chorale, se souvient cette amoureuse de la langue des signes. Quelqu’un m’a prévenue qu’il n’y avait plus personne pour traduire les messes. » Ni une ni deux, Nathalie Oudet accepte de se lancer malgré sa confession différente – elle pratique l’hindouisme : « J’estime que tout le monde a le droit de vivre sa foi. » Elle se remémore la découverte de cette langue qu’elle juge si belle : « C’était à Lourdes, je devais avoir 16 ans. Il y avait un pèlerinage de jeunes sourds et un prêtre qui traduisait en LSF. Là, j’ai appris des premiers chants. Quelques années plus tard, après une formation d’éducatrice spécialisée, j’ai souhaité m’orienter dans le domaine de la surdité. »

Une volonté d’inclusion

La tâche n’est pas mince. Ce dimanche-là, quatre baptêmes et vingt-deux communions s’ajoutent à l’ordinaire de la messe. L’effervescence règne dans l’église bondée. Les huit sourds et malentendants venus assister à l’office ont deux bancs qui leur ont été réservés. Nathalie traduit l’ensemble : lectures, psaumes, chants… « Il existe un Notre Père signé, et des DVD de traduction ont été publiés par la communauté du Verbe de vie, précise-t-elle. Mais ce sont surtout les fidèles qui m’ont appris. » Vient un passage de l’Apocalypse selon saint Jean ; Nathalie mime la douleur, plie sous le poids, ce qui permet d’incarner le texte. L’Alléluia est interprété par tous les fidèles ; tous se concentrent pour répéter les signes, des enfants jusqu’au prêtre.

De leur côté, les sourds apprécient cette possibilité de vivre leur foi, comme l’explique l’un d’eux, Philippe : « Nous avons de la chance d’avoir une messe signée. Si Nathalie n’était pas là, nous serions obligés de suivre le texte, mais c’est très compliqué. » Sur le banc derrière, sa voisine Stéphanie abonde : « Globalement, peu de prêtres parlent la Langue française des signes. » Dans l’assemblée des sourds se trouve aussi Pauline. Cette fidèle perd peu à peu l’audition ; elle a pris les devants en apprenant la langue : « Je me suis dit que venir ici m’aiderait à me familiariser et à pratiquer. » Cette volonté d’inclusion rejaillit sur tous les paroissiens. « La communauté s’est unie depuis que les sourds et malentendants sont là, souligne le diacre Grégory Leurent. Avant, chacun restait dans son monde. Maintenant, tout le monde participe, les gens aiment beaucoup. »

À Savoir
Chapelle Saint-Daniel, 9 rue des Jardins, 92600 Asnières-sur-Seine. Tél. : 01 47 93 10 46www.asnières-sur-seine.catholic.fr

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