L’association Sourds en colère réclame une reconnaissance de leur langue

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Au même moment, dans plusieurs villes, les Sourds en colère manifestaient pour plus d'égalité.

Devant l’hôtel de ville, en plein milieu du rassemblement, Christian se sent heureux dans son gilet turquoise. Et même, optimiste. Il pense aux autres manifestations qui se jouent au même moment, dans d’autres villes de France ; Christian se dit que, peut-être, cet élan des Sourds en colère provoquera une étincelle politique pour qu’enfin « la langue des signes soit inscrite dans la constitution de la Ve République« . C’est bien le cas au Portugal, en Finlande, en Autriche, en Hongrie… « Lorsqu’on sait qu’il existe entre 4 et 5 millions de malentendants en France, il y a de quoi se dire qu’il faut absolument avancer« , renchérit Bruno, formateur Bafa-BAFD, qui propose des stages à des personnes sourdes ou malentendantes et a lui-même appris la langue.

Car on parle bien d’une langue et non d’un langage, une langue que nombre de manifestants entendants, présents hier, ont apprise à l’organisme LSF Med (8e) « comme on aurait appris le chinois ou l’allemand ! » ; une langue qui porte en elle une culture, une histoire et sa propre grammaire qui varie d’un pays à un autre. Mais une langue à la présence terriblement marginale dans la vie quotidienne et qu’une reconnaissance dans la constitution permettrait démocratiser. À commencer par la présence d’interprètes dans l’information administrative et audiovisuelle ; les journaux télévisés, les débats politiques… Certes, « les élections approchent, relève Anthony, l’un des organisateurs de ce rassemblement. Et il est absolument fondamental que nous puissions, nous qui sommes des citoyens comme les autres, voter en connaissance de cause et pas parce qu’un ami nous explique qu’Untel a un meilleur programme qu’un autre. Le but de ce rassemblement, c’est bien de sensibiliser nos élus locaux« . D’ailleurs, une délégation a été reçue par Patrick Padovani, adjoint LR au maire.

« Il faut arrêter de considérer la surdité comme une maladie ! »

Au même moment, dans plusieurs villes, les Sourds en colère manifestaient pour plus d’égalité.

Reconnaître la langue des signes, c’est encore l’espoir que les établissements scolaires bilingues se fassent plus nombreux dans les années qui viennent. « À Marseille, il n’en existe qu’un, Les Hirondelles (11e), et il est évident que cela n’est pas suffisant ; Marseille est très en retard au regard d’autres villes comme Lyon« , décrit Laure, présidente de l’Apes, association de parents d’enfants sourds. Laure fait partie de ceux qui militent avec ferveur pour faire bouger les lignes. « Il y a une tendance certaine à appareiller les enfants, imposer des implants, soigner, réparer. Or, il faut arrêter de considérer la surdité comme une maladie ! Un enfant sourd a avant tout besoin, comme n’importe quel autre enfant, d’amour, d’affection et d’une accessibilité à la langue.« 

Nombre de parents avec des enfants sourds étaient là hier, mais aussi des enfants entendants de parents sourds, comme Charles, 56 ans, ou Sabrina, la trentaine. Quant à Christian, il est né à 100 % entendant. « À six mois, j’ai eu une otite doublée d’une méningite. Mes tympans n’ont pas supporté la pression, j’ai totalement perdu l’audition. »

Depuis de nombreuses années, Christian s’épanouit au pôle d’accueil des sourds et malentendants de La Conception.

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