Pourquoi il faut apprendre la langue des signes

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L’illustratrice Pénélope et le poète sourd Levent Beskardes publient Amour…Rouge. Un livre de poèmes, jeunesse, écrit en langue des signes. Selon les auteurs, cette dernière est encore trop peu mise en avant dans les librairies et les écoles.

300 000. C’est le nombre de personnes sourdes en France, selon la Fédération Nationale des Sourds de France. «Un tiers d’entre eux pratiquent couramment la Langue des Signes», précise-t-elle. Une langue trop peu connue du grand public que souhaitent mettre en lumière l’auteure et illustratrice Pénélope ainsi que le poète sourd Levent Beskardes avec leur livre Amour… Rouge (Éditions des grandes personnes). L’ouvrage qui se déplie comme un accordéon met en scène deux enfants qui récitent un poème. La correspondance des jeux et des couleurs -le rouge et le bleu- crée une musique et une danse qu’accompagne tantôt le geste du regard tantôt le geste de la main.

 Quelle place tiennent les livres en langue des signes dans les librairies?

PÉNÉLOPE. – Il existe des livres pour sourds mais ce sont souvent des dictionnaires techniques, avec des dessins très peu graphiques et rébarbatifs. Sans aspect créatif. La première fois que j’ai rencontré l’équipe de l’institut des jeunes sourds, il m’a très clairement été signifié qu’on ne voudrait pas reproduire ces schémas indigestes. Cela tombait bien! Je voulais faire des livres pour tous publics. Pas des ouvrages sur des sourds, pour les seuls sourds.

Amour… Rouge est donc un ovni…

Oui, complètement. S’il existe des traductions de poème en langues des signes, Amour… Rouge est le premier livre de poèmes écrit directement en langue des signes. Cette langue n’est pas du tout mise en avant dans les librairies. Cela fait très peu de temps, depuis 2005, que la langue des signes est autorisée au niveau de l’enseignement. Avant, on demandait aux sourds d’oraliser, de lire sur les lèvres et d’essayer d’articuler.

«On apprend bien à parler des langues étrangères ! Pourquoi pas la langue des signes

Comment est-il né?

J’ai déjà écrit trois livres en langue des signes. Le premier, réalisé avec l’Institut des jeunes sourds, portait sur les mots doux. Nous l’avons créé avec une maman sourde et son bébé, de sa première année à ses deux ans. Les premiers mots d’acquisition en langue des signes, en tant que langue maternelle, sont particuliers.

Mais pour ce livre, j’ai collaboré avec Levent Beskardes dont j’apprécie le travail. Je l’ai contacté en novembre 2017 et lui ai proposé de faire des poèmes sur la couleur rouge et bleu. L’idée lui a plu. Cela entrait en résonance avec son art. Et c’est comme cela que tout a commencé. Amour… Rouge est un poème. J’ai souhaité avec ce livre reproduire les gestes de langue des signes en leur donnant une fluidité semblable à celle d’un danseur. Comme des sonorités qui correspondent avec des rimes dans un poème, là, ce sont les mouvements qui se répondent.

L’art est un langage universel qu’exploite votre livre.

C’est une œuvre artistique, donc universelle. Je précise toutefois que si la syntaxe du langage des signes est internationale, l’iconographie, elle, est liée à la culture et au quotidien. Le «papa» français, par exemple, se dit en pinçant la moustache, afin d’évoquer l’idée d’un homme.

Mon ambition avec cet ouvrage est de réunir tous les lecteurs. Les sourds ont le droit d’avoir des livres graphiquement intéressants et pas seulement utilitaires ou techniques. D’autre part, pour les entendants, les livres en langue des signes sont peu précis voire incorrects. Pouvoir se réunir autour d’un texte est important. Amour… Rouge peut être offert aux adultes comme aux enfants.

Faudrait-il enseigner la langue des signes à l’école?

Ce serait une ouverture vers la tolérance et la compréhension. De plus, ce pourrait être important pour l’équilibre du corps des enfants. Car lorsque vous parlez en langue des signes, tous vos gestes deviennent des signes: les expressions du visage, l’inclinaison de la tête, du buste… Si vous mettez vos doigts serrés, puis les ouvrez au niveau de la bouche, ça signifie «bonne». Si vous le faites au niveau du nez, ça veut dire «fleur». Faire un premier pas serait donc très important. On apprend bien à parler des langues étrangères! Pourquoi pas la langue des signes?

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