Pour aider leur collègue sourde, ils apprennent la langue des signes

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Les cinq salariés de la boulangerie Féwen, à Tinténiac (Ille-et-Vilaine), vont apprendre la langue des signes. Un beau geste pour faciliter l’intégration de Marie, leur collègue sourde.

Dans la boulangerie Féwen, Marie, 28 ans et des cheveux châtains rasés sur les côtés, range son tablier après une matinée à fabriquer du pain. Sourde de naissance, elle est arrivée dans cette boulangerie bio, située dans le bourg de Tinténiac (Ille-et-Vilaine) en septembre 2017, en tant qu’apprentie. Depuis, elle a été embauchée.

« C’est une salariée comme les autres, explique Karine, son employeuse. Pour communiquer, on fait avec les moyens du bord. Elle peut lire sur les lèvres et on a une ardoise pour écrire si besoin. C’est plus compliqué pour elle pour suivre des discussions, ou lorsque l’on raconte son week-end. »

Pour améliorer la cohésion au sein de l’équipe, les cinq autres salariés vont apprendre la langue des signes. À partir du 21 mars, ils vont suivre une formation de trente heures, pendant quinze semaines. « Je suis contente, explique Marie en signant avec ses mains. Cela va permettre de mieux se comprendre entre collègues. »Marie pourra notamment raconter ses matches de football du samedi, car elle fait partie de l’équipe des sourds de Rennes (Ille-et-Vilaine).

Faciliter l’insertion

Les cours seront dispensés à la boulangerie, par l’Urapeda, une association rennaise qui propose différents services destinés à faciliter l’insertion sociale et professionnelle des personnes sourdes. « C’est comme si on apprenait une nouvelle langue, précise Karine. Et en plus, c’est pris en charge ! »

Au sein de la boulangerie, tous les salariés sont partants. Pour eux, c’est un plus de travailler avec Marie. « J’apprends beaucoup à ses côtés, explique Elodie, une apprentie de 27 ans. Elle prend son temps, avec des gestes, pour détailler ce qu’elle fait. »

« Un enrichissement pour toute l’équipe »

Lorsqu’elle n’est pas aux fourneaux, Marie est derrière le comptoir, au contact du client. « Au début j’avais peur, mais je me suis habituée. Je fais comprendre aux clients que je suis sourde et tout se passe bien. »

Jour après jour, au sein de la boulangerie, Marie a su faire de sa surdité une force. À travers son expérience, elle veut encourager les entreprises à embaucher des sourds. « Pour nous, c’est très difficile de trouver un travail, explique-t-elle avec ses mains. Les entreprises ont parfois peur du handicap. Beaucoup de mes amis sourds sont au chômage. Ce n’est pas compliqué de travailler avec nous, il y a juste quelques petits arrangements à faire. »

Selon Pôle emploi, en 2017, les demandeurs d’emploi déficients auditifs étaient près de 8 000. « Je ne regrette pas d’avoir embauché Marie, c’est un enrichissement pour toute l’équipe, constate Karine. Surtout, il y a des associations qui font tout leur possible pour une bonne intégration des sourds. »

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