Mobilisation au collège Picasso : de vrais moyens pour les élèves sourds signants

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Depuis de nombreuses années, le collège Pablo Picasso offre la possibilité à des élèves sourds de profiter d’une scolarité bilingue. Accompagnés de professeurs spécialisés et de cours traduits en LSF (langue des signes française), les élèves ont jusqu’ici suivis au mieux une scolarité adaptée à leur mode de communication. Depuis la rentrée, le manque de moyens financiers et humains ont rendu ce dispositif dysfonctionnel. L’inclusion des élèves ne peut se faire au rabais !

A l’occasion de l’anniversaire de la loi du 11/02/2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », nous dénonçons des manquements au respect de cette loi, dans l’école de la république.

Le collège Pablo Picasso comprend une section bilingue LSF/Français écrit. En effet, « depuis la rentrée 2011, l’Académie de Lyon, l’Inspection Académique du Rhône et le département du Rhône ont uni leurs efforts pour permettre à des élèves sourds de suivre une scolarité dans un collège public. Le collège P. Picasso accueille donc un dispositif innovant d’enseignement en langue des signes. » (collegepablopicassobron.fr). C’est le seul collège de l’académie à proposer un tel dispositif (moins d’une dizaine en France).

Les élèves de la section bilingue partagent leur emploi du temps entre des cours en petits groupes qui leur sont spécialement destinés et délivrés en LSF (LSF bien sûr, mais aussi ASL-anglais, français écrit, mathématiques, SVT et histoire-géographie), et d’autres cours délivrés en français, où ils se trouvent alors en inclusion avec les élèves entendants (EPS, arts plastiques, sciences physiques et technologie). Pour leur être véritablement accessibles, ces derniers cours nécessitent une traduction simultanée et une explication des mots inconnus, mission assurée au collège Picasso par des AESH (Accompagnant des Elèves en Situation de Handicap) signants.
La circulaire n° 2017-011 du 3 février 2017 précise les modalités de scolarisation de ces élèves.

Depuis septembre 2018, malgré les efforts faits par les équipes, la traduction à laquelle les élèves ont droit ne peut être fournie sur toutes les heures de cours d’inclusion.

Le problème s’est accentué, depuis le mois de novembre, suite au départ d’un de ces AESH signants. Les élèves ne disposent plus de traduction dans plusieurs cours en inclusion. Dans de telles conditions, leurs apprentissages dans les matières concernées sont compromis, et leur progression bloquée, quels que soient les efforts accomplis. Lorsque leurs professeurs, eux aussi privés de traduction, tentent de remédier à cette situation en consacrant davantage de temps à la communication avec les élèves sourds, ils le font alors au détriment des élèves entendants. Enfin, la difficulté de communication avec les élèves peut aussi entraîner des problèmes de sécurité, notamment dans les cours d’EPS et de sciences physiques.

Nous sommes particulièrement inquiets pour la prochaine rentrée. En effet, il est prévu de faire appel à des interprètes professionnels, sur les fonds horaires propres de l’établissement, au détriment des enseignements pour les classes ordinaires.

Les équipes et les professeurs élus au CA ont alerté l’institution, en envoyant plusieurs courriers depuis décembre 2018 ; mais la réponse institutionnelle de ces derniers jours n’est pas satisfaisante (à savoir transformer un mi-temps en temps plein pour un AESH chargé de traduction, temps plein qui sera insuffisant, et AESH qui n’est pas encore présent devant les élèves.)

Le manque de moyens attribués aux classes bilingues LSF-français écrit a des répercutions sur tous les élèves du collège. En effet, une inclusion réussie ne peut se faire sans un effectif de classe adapté. Or l’année prochaine, le rectorat prévoit par exemple pour notre établissement cinq classes sur le niveau 4ème, pour 145 élèves ordinaires + 11 élèves sourds ou malentendants, soit une moyenne de 31 élèves par classe. Ce n’est pas compatible avec un enseignement de qualité, et un cadre qui permette à tous les élèves de réussir, sans parler du respect des contraintes de sécurité dans les classes.

A l’heure où Mme la Rectrice nous assure que l’inclusion est une priorité académique et nationale, nous avons le sentiment d’entendre un discours vide de sens et qui ne correspond pas à la réalité du terrain.

Bron, le 08/02/2019

P.-S.

Petit rappel : pour les personnes sourdes, la scolarité doit pouvoir répondre du choix du mode de communication. Depuis 1991, la Langue des Signes Française (ou LSF) pratiquée par les sourds signants est reconnue comme une langue vivante à part entière. Langue maternelle ou langue première des malentendants, elle fait actuellement partie des choix de scolarisation notamment dans des filières appelées bilingues. Le mode de scolarisation des élèves sourds ayant préférés une éducation oralisante, n’est pas à opposer à une pratique de la LSF qui reste le mode de communication naturelle de ces personnes. Ce choix est souvent celui des parents qui souhaitent voir leurs enfants suivre au plus près la scolarité classique des entendants, après pression très souvent du monde médical et de l’utilisation d’un appareillage très sophistiqué. La condition de scolarisation des élèves sourds oralisants n’est pas non plus sans obstacles et là aussi les manques de moyens sont criants. A suivre …

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