Sélestat : histoire sans parole

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Adamo Sayad et Joël Chalude, deux artistes aux talents multiples

L’association des sourds du Centre-Alsace et le cinéma Select à Sélestat se sont associés dimanche dernier pour présenter le film Faking a living de Joël Chalude, un hommage à Charlie Chaplin, mais pas seulement.

Le cinéma Select a accueilli dimanche l’association des sourds du Centre-Alsace (Asca) pour un ciné-débat autour du dernier film de Joël Chalude, Faking a living , un vibrant hommage à Charlie Chaplin, en présence du réalisateur.

En première partie, c’est Adamo Sayad, membre de l’Asca, qui présenta son dernier clip, Tout va bien , une version chansignée du titre d’Orelsan, co-réalisée en collaboration avec Jaris, unique centre de formation et d’insertion socioprofessionnelle aux métiers du journalisme et de l’audiovisuel pour des personnes touchées par le handicap, la maladie ou la précarité sociale.

Un clip percutant, où Adamo Sayad apporte son regard profond sur l’univers des sourds et ouvre une porte vers cette discipline du chansigne. En plus de permettre de rendre accessibles les rythmes et paroles des chansons, le chansigne met en lumière la langue des signes ; ce n’est pas une pure traduction de paroles mais une réelle adaptation artistique. Après quelques mots de présentation de Joël Chalude, son film Faking a living fut projeté. Revisitant le mythique premier film de Charlot, Joël Chalude et son équipe proposent un film bondissant, format « histoire sans parole », mais pas sans morale.

Dans le débat qui suivit, Joël Chalude revint sur son parcours, son travail d’artiste à travers le mime, la jonglerie et le travail corporel, le mouvement et la chorégraphie émancipatrice. Réalisateur autodidacte, c’est en 2009 qu’il réalisa son premier long-métrage Crime en sourdine.

« Briser l’idée selon laquelle l’intelligence et la parole sont intimement liées »

Répondant au public, il revint aussi sur son enfance et son handicap, la surdité, sur l’obligation qui était faite de travailler sur l’oralité, la langue des signes étant interdite dans l’éducation nationale française, suite au congrès de Milan. En 1880, date du congrès, la parole était considérée comme la norme pour s’intégrer dans la société. Avec son équipe de 25 techniciens professionnels, tous issus des écoles de cinéma ou d’audiovisuel, tous diplômés, dont 23 sont malentendants ou sourds, la démarche de Joël Chalude, en dehors de l’œuvre artistique, est aussi de démontrer l’importance des démarches inclusives dans les professions de l’audiovisuel. « Le monde a évolué. La technique a évolué. Il y a aujourd’hui des applications sur Internet, il y a des interprètes en langue des signes, la société est un peu plus accessible, un peu plus sensible à la différence. Il est grand temps de briser l’idée selon laquelle l’intelligence et la parole sont intimement liées. »

Un constat et une volonté partagée par l’Asca et Adamo Sayad. « Le combat est toujours d’actualité, la langue des signes française (LSF) n’est toujours pas reconnue dans la constitution malgré la loi handicap de 2005, c’est un combat politique. » Les débats furent traduits par Rachel Fréry, interprète en LSF.

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