Ces Puydômois ne sont pas sourds et pourtant ils apprennent la langue des signes

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Apprentissage de la langue des signes, à Clermont.

Pendant vingt ans, Christelle Odiot a été commerciale. Mais ça, c’était avant. Avant une rencontre si bouleversante avec la langue des signes française (LSF), qu’aujourd’hui elle l’enseigne à son tour.

Christelle Odiot n’est pas sourde, « pourtant, dit-elle, dans un coin de ma tête, il y a toujours eu la langue des signes ». « Je crois que ça me vient des journaux télévisés pour les malentendants. Et puis, un jour, il y a eu ces deux passagers dans un bus. Ils étaient sourds et étaient en pleine conversation… avec leurs mains et vraiment ça m’a intriguée. Alors, lorsque j’ai lâché mon boulot de commerciale et que  j’ai eu du temps devant moi, je me suis lancée. »

C’est au centre de langues ILS à Clermont-Ferrand (récemment rebaptisé Bonjour World), qu’elle a tout appris et qu’elle enseigne à son tour depuis 2015.

Christelle Odiot (à droite), avec Hélène Laurent, une de ses élèves au centre de langues Bonjour World.

« Je me souviens être ressortie les larmes aux yeux de mon premier cours tellement j’étais émue. Pourtant j’avais juste appris l’alphabet ! C’est une langue calme, un mode de communication dans le silence très agréable. On peut tout exprimer avec la langue des signes. Et puis j’ai été touchée par la condition des sourds, par le fait que la langue des signes a été interdite pendant près d’un siècle. Il y a une culture sourde, des personnages historiques, des artistes, des parcours de vie extraordinaires à découvrir ».

Il lui a fallu un an et demi pour la maîtriser. « C’est une vraie langue avec ses difficultés, sa grammaire, sa syntaxe et, comme toutes les langues, si on ne s’investit pas un minimum, on ne progresse pas ! Les expressions du visage, l’attitude, participent du message. Au début on surjoue et, petit à petit, on s’approprie les gestes. De toute façon, on n’a que ce moyen pour marquer l’intensité ou faire la différence entre un mot ou un autre. On ne joue pas au théâtre, on n’a que ce moyen-là pour marquer l’intensité. »

Depuis, elle partage sa passion de la LSF avec ses élèves qui, bien souvent, ne sont pas plus sourds qu’elle mais qui, eux aussi, se passionnent pour cette langue qui leur devient de moins en moins étrangère.

Matteo Nobile, 33 ans

« Je suis italien et j’ai toujours aimé les langues, j’ai d’ailleurs enseigné l’italien. La langue des signes me fascine et je trouve son étude passionnante. Je pense qu’il faut des gens qui se forment à cette langue, ne serait-ce que parce qu’elle a été interdite pendant longtemps. Ça va faire un an que j’étudie la langue des signes et je commence à me débrouiller depuis quelques semaines. Avec les autres élèves, on commence à discuter entre nous alors que, jusqu’en juin, c’était impossible. Cet été, je suis allé à Montpellier pour la Journée mondiale des sourds, avec Christelle, ma formatrice, et j’ai appris beaucoup. Un jour, j’aimerais pouvoir enseigner la langue des signes. En ce moment, ce que je trouve difficile c’est de signer les heures ; c’est très compliqué ».

Hélène Laurent, 47 ans

« J’étudie la langue des signes depuis un an. Je le fais à la fois pour des raisons professionnelles et personnelles. Je travaille dans une pharmacie et, parfois, il y a des clients sourds. Je me suis dit que ce serait bien de pouvoir discuter avec eux.  J’ai trouvé le centre de formation ILS (devenu Bonjour World) à Clermont. C’est une formation que je fais grâce à mon compte formation professionnelle. Il faut se lancer, il y a une bonne ambiance dans le groupe. C’est une langue étrangère donc, oui, c’est compliqué et il faut travailler. J’y consacre par semaine deux heures en cours collectif, une heure en cours individuel où je travaille plus particulièrement les signes liés mon activité, c’est-à-dire tout ce qui touche à la santé et la pharmacie. Et j’y ajoute une bonne heure de travail personnel à la maison. C’est un investissement en temps important, mais j’ai déjà eu l’occasion de signer avec des clients sourds et c’est vraiment très satisfaisant, pour eux comme pour moi, de pouvoir le faire. »

Patricia Gillard, 61 ans

« J’étudie la langue des signes depuis un an et je viens de Vichy chaque semaine. Je suis mandataire judiciaire à la protection des majeurs et j’ai déjà eu à m’occuper de personnes sourdes ou malentendantes. Je me suis dit que ce serait intéressant de pouvoir communiquer avec elles. J’avais déjà fait une tentative d’apprentissage il y a vingt ans, mais là, je m’y suis remise plus sérieusement. C’est vraiment une langue que j’adore : très belle, très élégante, expressive, précise et en 3D. Tout est mobilisé :  notre gestuelle, notre visage. On ne peut ni tricher ni être distrait, sinon on perd le fil de la conversation. Je suis quelqu’un de carré et la langue des signes m’oblige à être encore plus précise. J’ai l’occasion de signer avec une personne dont je m’occupe et qui se trouve en maison de retraite, et c’est très satisfaisant de pouvoir le faire. J’y consacre deux heures par semaine en cours collectifs, plus deux heures trente de travail personnel à la maison. Si on ne s’investit pas un minimum, on ne peut pas communiquer avec les sourds. »

Pratique. Vous souhaitez apprendre la langue des signes, contactez Christelle Odiot au 06.37.59.37.55 ou le centre de langue Bonjour World (qui dispose d’une plateforme d’e-learning), 19 avenue Max-Dormoy, à Clermont-Ferrand. Tél. 04.73.34.14.27.

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