La langue des signes au menu d’Imane et Kanyaman Imane

0
Imane et Kayaman se sont rencontrées dans une école de formation des animateurs en langue des signes, à Nantes

L’une est sourde, l’autre pas. Ensemble, elles veulent ouvrir un restaurant bilingue langue des signes, à Nantes. Un lieu de rencontre et un outil pour permettre l’accès à l’emploi des personnes sourdes.

Un coffee-shop nantais. Au-dessus du comptoir, s’affichent les thés, café latte et douceurs à déguster. Trop haut pour être pointé du doigt. Un détail ? Pas pour Imane Gourire, 27 ans, sourde de naissance« Impossible de passer ma commande si je ne suis pas accompagnée par une personne qui traduit la langue des signes. »

Des déconvenues de ce genre, la jeune Nantaise en collectionne à la pelle. Choisir au hasard dans un menu, faute de pouvoir obtenir des explications, se faire servir le mauvais plat ou pas à la cuisson souhaitée. Elle a appris à vivre avec.

Des petits jobs

En 2016, elle a croisé le chemin de Kanyaman Brossaud, 25 ans. Elles ont très vite sympathisé. Kanyaman n’est pas sourde. Surtout pas aux problèmes des autres. Plus jeune, elle a accumulé les petits jobs : serveuse, chargée d’inventaires en magasin. Elle y a rencontré des personnes sourdes« J’étais frustrée de ne pas pouvoir communiquer avec elles. Et énervée de constater à quel point leur intégration professionnelle était difficile. »

Elle se lance alors dans l’apprentissage de la langue des signes, à Nantes. Puis s’exile à Toulouse, dans une école plus pointue. Sa curiosité se mue peu à peu en orientation professionnelle« Je ne savais pas encore comment mais j’avais envie de créer des emplois pour les personnes sourdes. » L’injustice lui fait horreur. « On est tous égaux. Je ne supporte pas que des gens soient mis de côté. »

« Personne ne m’embauchait »

Son parcours l’amène alors à Steum, à Nantes, en formation diplômante d’animatrice en langue des signes. C’est là qu’elle fait la connaissance d’Imane qui lui parle de son propre parcours professionnel. Arrivée du Maroc en France, en 2003, elle a enchaîné les formations : prothésiste dentaire, puis éducatrice spécialisée. Pas les emplois. « À chaque fois, on me disait : « c’est bien vous êtes diplômée », mais personne ne m’embauchait. »

Imane Gourire et Kanyaman Brossaud souhaitant la bienvenue en langue des signes

C’est dans ce partage d’expériences et de sensibilité, associé à une bonne dose d’altruisme et d’énergie, qu’est né leur projet : La Papotière, un restaurant bilingue langue des signes, ouvert l’après-midi pour des ateliers-rencontres destinés aux personnes sourdes et entendantes. « Pas pour prendre des cours poussés en langue des signes , préviennent les deux associées, mais pour faire se rencontrer les deux mondes. »

Leur budget est bouclé à plus de 90 % (1). Reste le plus difficile : trouver un pas-de-porte. Pas question de s’éloigner des lieux de vie nantais. « L’idée est de montrer qu’on existe, qu’on vit, qu’on travaille au cœur de la   ville » , explique Imane. Elles ont déjà eu des propositions, «  mais ça ne convenait   pas. S’exprimer en langue des signes nécessite de la place entre les tables, il nous faut de l’espace. »

Côté cuisine, elles prévoient l’embauche de deux personnes. Pour commencer. «  On espère plus ensuite. » Et Kanyaman de relever: « Permettre l’accès à l’emploi d’une personne sourde ou malentendante est une chose. Mais il ne faut pas ensuite qu’elle se retrouve isolée au travail parce qu’elle n’a personne avec qui parler. »

(1) Un financement participatif est également ouvert sur KissKissBankBank.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.