Virginie Delalande : “Je suis la première avocate sourde profonde en France !”

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Cette jeune femme de 38 ans est atteinte de surdité depuis sa naissance, comme son mari et leurs deux enfants. à force de détermination, elle a appris à parler et a réalisé ses rêves…

«Je suis née avec une surdité profonde.

Mes parents ne s’en sont pas aperçus tout de suite.

Je devais avoirmois lorsqu’ils ont eu le déclic : un jour nous étions tous les trois assis dans l’herbe.

J’étais face à eux et tournais le dos à la route.

Tout à coup, un tracteur qui passait par là a perdu sa herse dans un bruit de ferraille épouvantable, ce qui a fait sursauter mes parents.

Mais pas moi.

Le lendemain, ils ont pris rendez-vous chez un ORL qui leur a froidement annoncé la terrible nouvelle : “Votre fille est sourde. Elle ne parlera jamais.

Eux ont refusé ce verdict.

Ils lui ont répondu du tac au tac : “Notre fille parlera. On fera tout pour qu’elle y arrive. Il est hors de question qu’elle ne s’exprime que par les mains. Elle aura une vie normale et réussira…

A cette époque, mes parents étaient jeunes, 21 et 22 ans. Ils étaient surtoutterminés et ne se sont jamais résignés.

Ils ont ainsi pu surmonter de nombreuses difficultés et soulever des montagnes pour moi !

Je n’ai jamais été considérée comme une enfant différente.

Mon père en particulier estimait qu’on ne devait pas faire les choses à ma place.

Me laisser me débrouiller toute seule, c’est probablement le meilleur service qu’il a pu me rendre.

Lorsque j’étais jeune, nous voyagions souvent, et je me souviens du jour où j’ai pris l’avion pour Bangkok avec eux.

Je devais avoirans et je m’exprimais encore très mal.

J’ai eu envie d’un jus d’orange. Mon père m’a dit : “écoute Virginie, c’est toi qui va aller demander ce que tu veux boire à l’hôtesse.

Il m’a fait répéter plusieurs fois la phrase “I want an orange juice !” et m’a laissée me débrouiller.

Finalement, je suis revenue à ma place, toute fière, avec le verre de jus de fruit à la main.

Aujourd’hui, je peux parler à haute voix.

Je ne suis pas obligée de passer par le langage des signes ; mais c’est le résultat de plus de vingt années de travail.

Pendant tout ce temps, j’ai suivi des séances avec un orthophoniste trois fois par semaine, je répétais des sons comme un petit perroquet.

J’avais mes rendez-vous entre midi et deux, le soir après la classe et tous les samedis.

Alors bien sûr, ma voix, je ne l’ai jamais entendue, mais je sais qu’on me comprend parfaitement bien.

Plus jeune, j’ai fait une sévère dépression.

J’avais la sensation d’être trop différente, inutile, incomprise.

L’étiquette “handicapée” me restait collée sur le front. Je me posais mille questions qui restaient sans réponse…

Allais-je un jour trouver un travail ? Un homme voudrait-il m’épouser ?

Après mon bac, je me suis lancée dans des études de droit.

Pour relever le défi. Juste parce qu’on m’avait dit que ce serait impossible… ça n’a pas été simple.

A la fac d’Assas, j’étais assise au premier rang, les professeurs étaient à cinq mètres de moi, c’était cependant trop difficile de lire sur leurs lèvres…

Je leur ai demandé leurs cours, ils ont refusé de peur que j’organise un trafic et que plus personne ne vienne en amphi !

Plus tard, j’ai décroché mon diplôme d’avocate et j’en suis très fière.

Je n’ai jamais plaidé devant une cour mais j’ai longtemps travaillé dans des services juridiques de grands groupes.

Aujourd’hui, j’ai lancé ma société de coaching*, car je pense qu’il est essentiel d’aider les personnes en situation de handicap. Elles doivent retrouver la confiance en elles.

Côté vie privée, j’ai rencontré mon mari, sourd lui aussi.

Nos deux beaux enfants sont nés sourds, mais ils ont bénéficié, bébés, d’implants cochléaires et peuvent donc entendre des sons.

Mon mari et moi avons recours à la lecture labiale.

Les gens s’imaginent souvent qu’on lit sur les lèvres comme dans un livre.

En fait, c’est épuisant car, la plupart du temps, on tente de reconstituer les propos qui sont formulés par un travail cérébral intense.

Passée une certaine heure, je suis hors service… »

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