À Poitiers, les personnes sourdes ont enfin trouvé où se soigner

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Comment communiquer avec un médecin, comprendre une prescription, envisager un suivi médical quand on n’entend pas le praticien ? À Poitiers, une unité d’accueil et de soins des personnes sourdes existe depuis 2011, et ce n’est pas le cas dans tous les établissements hospitaliers de France.uand j’étais jeune, je voulais devenir infirmière mais on m’a dit que c’était impossible car j’étais sourde, se souvient Marie-France Debeaulieu. Cette phrase l’a beaucoup marquée, mais loin de la décourager, elle s’en est servie comme une motivation.Depuis 2011, Marie-France Debeaulieu travaille en tant qu’inter-médiatrice au sein de l’unité de soins et d’accueil des personnes sourdes au CHU de Poitiers. Son rôle : faire en sorte que le patient comprenne bien tous les termes médicaux et toutes les recommandations du médecin. « Je fais le pont entre le monde médical et le monde des sourds pour vulgariser les propos », explique-t-elle.
Quatre personnes composent le service d’accueil et de soins des personnes sourdes au CHU de Poitiers.
Car l’une des premières difficultés avec les patients sourds, c’est qu’ils n’osent pas toujours dire lorsqu’ils n’ont pas compris un terme. Or, cela peut être très dangereux.
Je me souviens d’une jeune sourde étrangère qui était venue pour se faire soigner. Au final, elle devait avoir un rendez-vous chez un anesthésiste. Nous n’étions pas sûrs qu’elle ait compris car la langue des signes n’est pas la même selon les pays donc je suis intervenue, raconte l’inter-médiatrice.
D’autre part, il ne faut pas non plus compter sur la lecture labiale, c’est-à-dire le fait qu’un sourd lise sur les lèvres. Seulement 30% des informations sont comprises avec ce type de langage.« Certains font 300 km pour être soigner ici »L’unité de soins et d’accueil a vu le jour il y a sept ans sous l’impulsion des responsables du CHU de la ville. À sa tête, le docteur Jérôme Laubreton. « La langue des signes m’a toujours attiré et avec cette création, j’ai vraiment développé mes compétences », confie-t-il.Du lundi au vendredi, l’équipe médicale de l’unité accueille les patients sourds. Pour prendre un rendez-vous, rien de plus simple : « Les patients peuvent nous contacter par sms, mail, fax ou Skype », indique Marie-Christine Pichereau, secrétaire de l’unité.
Au total, près de 1000 personnes sont traitées chaque année dans l’unité depuis son ouverture. Un chiffre qui va en augmentant. « Certains patients font près de 300 km juste pour être soignés ici car ils n’ont pas trouvé de médecins LSF dans leur région », assure le Dr Jérôme Laubreton.Devenir acteur de sa sanLa salle d’attente du service est aussi calme que la salle d’attente d’un médecin traitant. Parmi les patients ce jour-là, deux jeunes d’une vingtaine d’années : Louis* vient pour une entorse au poignet et Pierre pour un début d’angine.« J’habite à l’Institut régional des jeunes sourds (IRJS, ndlr) et c’est vraiment pratique pour moi de pouvoir me faire soigner à Poitiers. Le docteur Laubreton prend le temps de bien nous expliquer donc je suis rassuré », avoue Louis. Contrairement aux consultations pour personnes entendantes, celles avec des sourds peuvent facilement durer une heure.
https://youtu.be/Z083zg0BjF4
L’objectif est simple : permettre aux patients souffrant de surdité d’être autonome et de devenir acteur de sa san« Nombreux sont ceux qui consultent pour la première fois un médecin en venant ici, donc l’idée est d’organiser leur parcours de soins pour les rendre autonomes », indique Jérôme Laubreton.Des cas qui ne sont malheureusement pas isolés car pendant longtemps, la communauté sourde a eu une certaine méfiance vis-à-vis du monde médical qui cherchait à les « réparer ».La prévention avant toutMais si cette structure a aussi vu le jour, c’est notamment pour aider dans la prévention et la sensibilisation des jeunes sourds. Longtemps tenus à l’écart de la santé, certains individus ne connaissent pas grand-chose à leur propre corps.
Je me souviens d’une jeune femme qui était venue me voir en pleurs car elle pensait être stérile. Quand je lui ai demandé si elle avait fait des tests pour le vérifier, elle m’a répondu que ce n’était pas nécessaire car elle avait ses règles tous les mois. Pour elle, le fait d’avoir ses règles était synonyme de stérilité, regrette le médecin traitant.
L’unité de soins et d’accueil des personnes était donc une nécessité. Elle facilite et améliore grandement le quotidien des sourds de Poitiers qui n’ont plus peur de se rendre chez le médecin pour une grippe.Marie-France Debeaulieu conclut : « Ce genre d’unité est vraiment génial. À Poitiers, il y a vraiment beaucoup de choses qui sont faites pour aider la communauté sourde. »*Tous les prénoms des patients ont été changés.

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