La surdité, un atout pour cet architecte charpentier

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Maxime Bouhours a étudié à l’Ensab (Rennes), avant de faire un CAP charpentier

Maxime Bouhours est architecte et charpentier. Sourd de naissance, il a su faire de son handicap un atout pour son métier.

Un architecte qui est aussi charpentier, ce n’est pas courant. Et cela l’est encore moins lorsqu’il s’agit d’un sourd. Le Rennais Maxime Bouhours travaille depuis maintenant un an avec son associé Antoine Sauvestre, architecte et charpentier également. L’un est sourd, l’autre est entendant : un mélange des genres qui semble gagnant.

Deux casquettes pour le prix d’une

Maxime Bouhours est architecte et charpentier. Après avoir étudié cinq ans à l’Ensab (École nationale supérieure d’architecture de Bretagne) à Rennes, il enchaîne avec un CAP de charpentier. Une double casquette dont il est fier : « Être architecte et charpentier, c’est d’abord plus simple pour les clients : ils travaillent avec les mêmes personnes, la continuité de leur projet est assurée. C’est aussi un formidable moyen de nous améliorer et stimuler notre créativité», explique Maxime. À la fois le cerveau et les mains de la production des maisons de leurs clients, les architectes charpentiers s’adaptent plus facilement.

Sourd, et alors ?

Maxime connaît son associé Antoine depuis leur première année d’études à l’Ensab. « Nous étions colocataires. Antoine a dès le début appris la langue des signes ». Entre les deux amis, pas besoin d’interprète. Par contre, dès qu’un rendez-vous avec des clients est programmé, embaucher quelqu’un pour traduire est impératif.

«Mais le fait que je sois sourd change notre manière de faire et d’expliquer les projets aux clients, ajoute Maxime Bouhours. Nous passons davantage par les dessins, les maquettes… C’est plus visuel et parfois même plus facile, reconnaît-il. Et petit à petit, au fil des rendez-vous, les clients ne font plus attention à ma surdité ». Maxime est pourtant l’un des seuls architectes sourds de France. « Lorsque j’étais étudiant, il n’y en avait pas. Aujourd’hui je connais seulement une architecte sourde qui travaille à Paris», indique-t-il.

Une autre manière de voir les choses

« Avec le recul, je pense qu’avoir une langue différente de celle d’Antoine a enrichi notre travail, atteste Maxime Bouhours. Cela nous oblige à constamment utiliser de nouveaux outils de travail, de nouveaux moyens pour communiquer ». Maxime porte aussi un regard distinct de celui des entendants dans son travail d’architecte. « Il nous est arrivé de construire des maisons pour des clients sourds, et le travail n’est pas le même. Certes, il faut créer des maisons plus ouvertes, plus accessibles, car les sourds ont besoin de se voir pour se parler. Mais d’un autre côté, le champ des possibles est plus large, car nous avons moins de contraintes acoustiques. Mettre des toilettes à côté d’une chambre ne pose par exemple aucun problème pour un sourd, quand un entendant préférera éviter cet agencement ».

Associés depuis juillet 2017, Maxime Bouhours et Antoine Sauvestre ont déjà réalisé plusieurs projets de maisons, gîtes et chambres d’hôtes à Rennes et en Bretagne. Le prochain en date : un restaurant pratiquant l’agriculture urbaine dans le secteur de Beaulieu, à l’est de Rennes.

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