Liam et Thomas, deux enfants sourds scolarisés comme les autres

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Suivi par ses parents à la maison (à droite), et par les codeuses de l’APS, Liam a de bons résultats en classe.Photos
Société. Liam et Thomas veulent être des élèves comme les autres. Equipés d’implants cochléaires, les deux jeunes sourds suivent leur scolarité dans des classes générales, à Dumbéa et à Païta.

Vendredi, 8 heures du matin, au groupe scolaire Alphonse-Dillenseger, à Dumbéa. Comme tous les jours, Liam, cinq ans et demi, diagnostiqué sourd profond, entre en classe avec ses camarades de grande section de maternelle. Alors que la maîtresse commence à faire l’appel et à donner les consignes, Aymeline Hamon, sa codeuse cette semaine-là (lire repères), se place à côté de l’enseignante, et réalise pour l’écolier un ensemble de signes avec ses mains et sa bouche, en Langue française parlée complétée (LPC). Différente du langage des signes, qui est une langue à part entière, la LPC, grâce notamment à la lecture sur les lèvres, aide les personnes sourdes ou malentendantes à mieux comprendre l’expression orale. Après les explications, tout ce petit monde se répartit dans différents ateliers.

Aymeline s’assoit à côté de Liam, équipé de deux appareils auditifs, autour de la grande table recouverte d’une toile cirée, pour l’aider dans ses exercices. Aujourd’hui, les enfants travaillent sur l’histoire des trois petits cochons. « Clac ! », répète Liam en riant à sa codeuse, pour imiter le bruit de la boîte en plastique qu’il vient d’ouvrir afin d’y prélever du matériel. Il parle avec ses camarades et interpelle la maîtresse. « Je lui retranscris tout ce qu’il se passe dans la classe, une consigne qu’il n’aurait pas entendue et les blagues de ses copains. Mais aussi leurs erreurs de langage, pour qu’il ne se sente pas en échec par rapport à eux. On essaie de donner des clés aux enseignants aussi », décrit celle qui l’accompagne à raison de deux matinées par semaine, plus une heure. « L’objectif, c’est de l’intégrer dans la classe et de le baigner dans la langue française. Liam a des capacités, il n’a pas besoin d’adaptations, contrairement à d’autres. Et il a été pris en charge de façon précoce. Ça n’est pas toujours le cas. Tout le monde n’est pas implanté, et tout le monde n’en a pas besoin non plus. Ça dépend du projet de la famille. » La cloche sonne et Liam va jouer avec ses camarades dans la cour.

Choix de la famille

Ses implants cochléaires, des deux côtés, et la présence d’Aymeline mis à part, il passerait pour un enfant sans handicap. Mais il aura fallu du temps. Entré à l’école en 2016, « il n’a commencé à parler français qu’en 2017. Avant, c’était plutôt des sons », raconte Erika Nicholls, sa mère, présidente de l’APS depuis le début d’année. « Ça a été une grande étape psychologique pour moi de devoir faire reconnaître mon enfant comme handicapé. C’est un choix, comme les implants. On l’a fait pour qu’il ait 100 % de chances, et l’écoute en stéréo. Son école est bienveillante, ça n’est pas le cas partout. » Liam, qui avait également auparavant une auxiliaire de vie, bénéficie d’un planning adapté pour se rendre chez l’orthophoniste, pour l’élocution, et pour régler ses implants si nécessaire. « L’APS gère tout. On a de la chance d’être en province Sud », souffle la mère qui ne serait pas contre plus d’heures de LPC.

Aymeline Hamon soutient cette idée. « C’est sûr, ça n’est pas assez. Un élève comme lui, qui évolue bien, devrait avoir une codeuse en permanence jusqu’au jour où il n’en aura plus besoin. Malheureusement, nous ne sommes pas assez nombreuses. On doit faire des choix. »

Thomas Galliot, premier de sa classe malgré le handicap

Thomas Galliot, 12 ans, en cinquième au collège Louise-Michel, à Païta, a été diagnostiqué sourd profond à l’âge de deux ans. Ses parents ont, comme ceux de Liam, fait le choix de lui mettre un implant cochléaire, à droite. C’était en 2008, il fallait alors partir en Métropole. Il y passera huit mois. « C’était un vrai parcours du combattant. Et il n’y avait que deux ORL pour les enfants en Calédonie, et pas de codeuses à l’époque », se souvient sa mère, Christelle Kasso, aidée par son mari Robert. Doué, le pré- adolescent suit sa scolarité au gré des auxiliaires de vie, qui signent ou pas, et qui ne lui sont plus toujours accordées du fait de ses bons résultats. Depuis son entrée en 5e, le jeune garçon n’a plus d’auxiliaire de vie mais un micro spécial est donné à son professeur, qui arrive directement dans son implant. « C’est mieux que l’auxiliaire de vie seule, mais le mieux ça serait d’avoir une auxiliaire codeuse, ça me reposerait, je pourrais lire sur les lèvres », estime Thomas.

Se rendre compte

« Il est autonome, c’est vrai, mais surtout fatigable. Les gens ne se rendent pas compte de la difficulté pour lui », lance sa mère qui reconnaît cependant l’implication du personnel du collège, et surtout de l’APS. « Il est en surcharge, on en demande trop à son cerveau. Le fait qu’il soit fatigué, il a plus de mal dans ses relations sociales. Une personne sourde s’exprime de manière voyante, pour montrer. D’habitude, il fait attention, mais là, c’est dur pour lui de contrôler. » Elle aimerait des adaptations, comme des consignes écrites au tableau ou déjà tapées pour lui, par exemple, plutôt que dictées. « Thomas ne peut pas regarder l’enseignant et écrire en même temps. Mais les professeurs ne sont pas formés, ils ne peuvent pas le savoir. C’est difficile de se rendre compte qu’il a un handicap. C’est mon enfant, c’est pour ça que je le sais. »

D’habitude énergique, Thomas, qui se désole lorsqu’il n’a « que 18 » en mathématiques est fier du chemin parcouru. « Malgré mon handicap, je suis premier de ma classe », confie-t-il dans un large sourire. Fatigué, il restera à la maison cette semaine. L’APS devrait rencontrer la famille.

 

Repères

Trois codeuses

L’Association pour la surdité (APS) suit une vingtaine d’enfants avec différents types et degrés de handicap, à Nouméa et dans le Grand Nouméa, de la crèche au lycée. Elle dispose de trois codeuses, dont une seulement est issue du territoire, d’un interprète et d’une interface en langue des signes. Elles dispensent 84 heures de cours par semaine en LPC, « il en faudrait au moins le double, rien que pour le Grand Nouméa ». L’association a demandé au gouvernement que cette formation, dispensée en Métropole, puisse bénéficier d’une bourse pour les gens du Caillou. Ces métiers devraient être reconnus à la prochaine rentrée.

3 000 F l’année

L’association bénéficie annuellement de subventions de la part du gouvernement, de la province Sud, de Nouméa et du Mont-Dore. En mai, Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de la solidarité et du handicap, a annoncé que le financement de l’APS pourrait être assuré par le régime handicap. Grâce à leur adhésion annuelle de 3 000 francs, les 60 familles membres de l’APS bénéficient de l’accompagnement pour tous les membres handicapés.

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