Fanny Dautremepuis est interprète en langue des signes française (LSF) et exerce notam- ment en Sarthe, qui en manque. Son agence d’interprétation est basée à Angers.

Jeune talent

« J’ai eu un coup de coeur pour cette langue. » Fanny Dautremepuis voulait être professeure des écoles, le hasard en a décidé autrement.

Encore étudiante en licence de lettres modernes, elle tente, « par curiosité », la langue des signes en option libre. C’est le déclic : « Depuis, je n’ai plus décroché. » Ayant découvert la LSF « tardivement », elle consolide ses connaissances à l’université, dans des écoles d’apprentissage de la langue et dans une association, où tous ses collègues sont sourds. A leur contact, elle « s’immerge dans la langue et la culture des sourds ». Elle poursuit ses études à Lille, en master d’interprétariat français/LSF.

Sans que personne ne le sache, elle joue un rôle essentiel pour plusieurs centaines de personnes, dans la Sarthe. L’originaire de l’Oise exerce son métier, depuis six ans. Son agence d’interprétation Interactions, qu’elle gère avec une associée, est basée à Angers (Maine-et-Loire). Mais le manque de professionnels dans le domaine l’amène à fréquemment se déplacer dans les départements limitrophes, comme la Sarthe, dans laquelle elle se rend de deux à quatre fois par mois, lorsque des sourds font appel à ses services.

Un apprentissage de tous les jours

La polyvalence est de mise : Fanny peut être contactée pour une traduction à l’université, au tribunal, à l’hôpital pour une consultation, lors d’une réunion parents-professeurs, d’un mariage, d’un enterrement, d’une réunion d’entreprise ou encore d’une conférence.

C’est un apprentissage de tous les jours : elle se doit d’étudier, en amont, le vocabulaire spécifique qui peut être évoqué lors d’une rencontre. Et c’est sans compter la constante évolution de la langue. « Récemment j’ai dû apprendre les signes pour « Airbnb » et « couchsurfing » [système d’hébergement gratuit entre particuliers, ndlr]. »

Son métier l’amène parfois à assister à des moments forts de la vie des gens. « Des fois, on fait l’interprétation d’un suivi de grossesse ou juste après une naissance. Ça peut être touchant, mais il faut garder sa neutralité ! »

« Être un pont entre les personnes »

Elle décrit son rôle d’interprète comme celui d’un facilitateur et d’un promoteur de l’égalité« L’essence même du métier, c’est d’être un pont entre deux personnes, de rendre facile la communication. L’interprète n’est pas l’accompagnant d’une personne sourde mais permet d’assurer une égalité entre les personnes, lors d’une conversation. C’est comme ça qu’on oublie le handicap, qu’on le dépasse. »

Fanny a à coeur d’assurer aux sourds l’accessibilité la plus large possible. En parallèle de son travail d’interprète, elle fait partie de l’association Les Mains Balladeuses, qui promeut le « chansigne ». Le principe : adapter les paroles des chansons en LSF, reconnues en 2005 comme une langue à part entière, et les interpréter sur scène en les signant.

Bien que le métier d’interprète réponde à des exigences de probité, il comporte aussi une véritable part d’engagement : « On milite pour rendre accessible un maximum d’activité pour les sourds. »

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