La famille du motard tué face au chauffard sourd et muet

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L’homme a provoqué le drame – la mort d’un motard aguerri le 10 mai 2015alors qu’il ramenait des prostituées.

Quel que soit son handicap, le désavantagé de la vie paraît différent pour nombre de valides ou de plus chanceux. Être sourd et muet est aussi un trouble que les entendants estiment triste… Cependant, les larmes que le prévenu a tiré des victimes n’étaient pas pour pleurer sur son sort. Bien au contraire. Se sentant trop victime pour être coupable, le chauffard ne se sera excusé que par obligation, tout au moins par insistance du tribunal.

 Ce lundi, il devait répondre de blessures involontaires, homicide involontaire, franchissement d’une ligne continue et changement de direction d’un véhicule effectué sans avertissement préalable. Quatre chefs d’accusation qui ont entraîné la mort d’un motard aguerri, le 10 mai 2015, à Béziers, et blessé à jamais celle qu’il a rendue veuve.

Accompagné d’une interprète en langue des signes, le Pyrénéen, qui habite à Latour-Bas-Elne, s’est défendu seul. La présidente du tribunal retraçait ce dimanche noir : “Il est 20 h. Vous passiez vos week-ends à Béziers avec deux filles, toutes prostituées, auxquelles vous payiez le loyer. Vous les ameniez sur leur lieu de travail, route de Narbonne, et alliez les chercher.”

“Vous devriez être jugé pour des faits de proxénétisme hôtelier »

Sylvie Duez estimait aussi : “Vous devriez être jugé pour des faits de proxénétisme hôtelier. On devrait être amené à se revoir.” Et revenait sur ce soir-là : “Vous êtes allé chercher une fille vers le Relais de l’Oppidum, à la sortie de Béziers, ainsi que sa copine. Quand vous sortez de là, vous tournez peu après sur votre gauche, traversez les zébras pour récupérer une troisième qui faisait le tapin de l’autre côté de la route.”

L’homme précise que c’est l’une des filles qui lui a dit de tourner. “Peu importe, c’est vous qui aviez le volant et décidé. Vous connaissiez la route et savez qu’il y a un rond-point à 200 mètres qui vous permettait de faire demi-tour. Pourquoi ne pas l’avoir fait ?” Le prévenu répète que la faute vient de la prostituée qui avait mélanalcool et cachets, mais reconnaît ne pas avoir regardé dans les rétroviseurs avant de s’engager, ni actionné son clignotant. Myope, il ne portait pas non plus ses lunettes à ce moment-là.

L’homme n’aurait pas pu éviter le choc

Le public dans la salle se prend la tête en entendant autant de fautes. “Vous coupez la route au conducteur de la moto. Il ne peut pas imaginer cette manœuvre que vous n’indiquez pas. Le motard va décéder sur le coup et sa passagère, son épouse, être grièvement blessée”, terminait la présidente. Même si le conducteur du deux-roues circulait à 90 km/h sur une portion limitée à 70, l’expert a conclu que, même à la vitesse recommandée, l’homme n’aurait pas pu éviter le choc.

Le sourd et muet prend enfin conscience, parce que Sylvie Duez le lui précise, qu’il risque la prison. Après les pleurs légitimes et les paroles dignes à la barre de la veuve et de la fille de l’homme qui a perdu la vie, les avocates des parties civiles ont avancé les demandes financières de préjudice moral dans le but “qu’il comprenne la douleur qu’il a laissée derrière lui et qu’il ne rejette pas la faute sur les autres. Lui seul est responsable, lui seul doit assumer les conséquences”.

Pour l’épouse, 30 000 € sont demandés ainsi qu’une provision de 20 000 € pour le préjudice corporel ; pour la fille de la veuve, dont le motard n’était pas le père mais qui vivait avec elle dès l’âge de 7 ans jusqu’à sa majorité, 25 000 €. Des sommes ont été réclamées aussi pour la mère du motard qui a perdu son fils unique, ses deux filles, sa première femme, son beau-fils, ses deux petits-fils et, bien sûr, une condamnation sévère.

Annulation du permis

Laurent Couderc, procureur, a requis 3 ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis simple, l’annulation du permis de conduire, l’interdiction de repasser les épreuves du permis dans un délai de 3 ans et deux amendes de 300 € pour les contraventions.

Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public et reçu les constitutions de parties civiles. Il devra payer, hors les frais de justice aux trois avocates, 25 000 € à la mère, 25 000 € à chacune des deux filles, 10 000 € pour l’ex-épouse, 5 000 € pour le beau-fils, 10 000 € à chaque petit-fils, 30 000 € pour la veuve ainsi que 20 000 € de provision ; et 25 000 € pour la fille. L’estimation du préjudice matériel est renvoyée sur intérêt civil, de même que les droits de la CPAM et de la mutuelle. La facture devrait s’alourdir.

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