Féminisme sourd, le festival de tous les combats

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Laëtitia Morvan, du Collectif des sourds du Finistère, avec Catherine Zlatkovic, de l’association des Femmes sourdes, citoyennes et solidaires (FSCS), dans la rédaction « Ouest-France » de Douarnenez

Catherine Zlatkovic se présente comme « noire, sourde, lesbienne et féministe ». Elle est présente ce jeudi 24 après-midi, à la MJC, dans le cadre du débat « Féminisme sourd/féminisme breton ».

L’événement

Brandir le poing et le tourner vers l’extérieur. C’est la traduction de « féminisme » en langue des signes.« Le poing se retourne et se montre, c’est faire quelque chose de hors norme, et j’aime cette définition », explique Catherine Zlatkovic.

Depuis Paris, sur son écran de téléphone portable, elle nous raconte comment elle est devenue militante sourde et féministe. Dans la rédaction, Laëtitia Morvan, présidente du Collectif des sourds du Finistère, est accompagnée de deux interprètes.

Laëtitia Morvan est venue accompagnée de deux interprètes en langue des signes pour réaliser l’interview.

Les deux femmes se sont rencontrées en Espagne en 2007, lors du Congrès mondial des sourds. Le Festival de cinéma, lui, accueille le Monde des Sourds depuis 2009.

Pour autant, Catherine était déjà venue avant à Douarnenez : « En tant quefemme, de couleur, et lesbienne, j’étais naturellement intéressée par le thème des minorités. »

Son militantisme sourd est venu plus tardivement que son identité féministe. « Dans les années 1990, j’ai fait un voyage aux États-Unis et j’ai observé que des associations de femmes sourdes se réunissaient pour parler d’alimentation, de discriminations au travail, de violences conjugales… Nous n’avions pas ça en France. »

Catherine, en Skype depuis Paris.

En 2003, l’association des Femmes sourdes citoyennes et solidaires (FSCS) se crée dans l’Hexagone, sur le modèle américain. Catherine y est secrétaire, puis présidente en 2014. « Les hommes étaient interdits. »

Celle qui travaille chez Orange depuis 35 ans admet que le titre « de militantisme féministe et sourd » éveille la curiosité. Laëtitia Morvan parle d’un « réveil progressif […] J’avais tendance à me voir uniquement comme sourde militante, en oubliant mon identité de femme et tout ce que ça implique. »

Car les femmes sourdes souffrent autant, voire plus, de violences conjugales ou familiales, et de discriminations. L’association des FSCS tient des permanences depuis 2013 pour venir en aide et écouter les femmes victimes, avec une juriste et deux éducatrices spécialisées.

La communauté sourde n’est pas plus solidaire

« Nous avons des difficultés pour trouver une juriste qui communique en langue des signes », fait remarquer l’actuelle présidente, Shirley Tong On, également présente au Festival. Le gel des contrats aidés (lire aussi page 8 de notre édition Ouest-France de ce jeudi 24 août)est aussi une menace sur des postes de l’association.

Depuis trois ans, l’association a accueilli environ 170 femmes lors de ses permanences. Particulièrement exposées, les femmes sourdes ont trois fois plus de risques de subir des violences au cours de leur vie.

Laëtitia Morvan est venue accompagnée de deux interprètes en langue des signes pour réaliser l’interview.

Même au sein des couples sourds. « On imagine la communauté sourde comme solidaire, mais c’est la même société », prévient Shirley Tong On.

« C’est important de créer un espace réservé aux femmes, poursuit Shirley, nous leur donnons des conseils sur les procédures administratives. » Certaines font le trajet de différentes régions pour être accompagnées par l’association« Malheureusement, comme chez les entendants, seule une minorité porte plainte. »

Catherine Zlatkovic est enthousiaste à l’idée du débat de ce jeudi après-midi. « J’espère pouvoir rendre notre cause plus visible et échanger avec l’autre collectif de féministes bretonnes (les Gast ! « putain » en breton, avec Cécile Jacque). »

Catherine, en Skype depuis Paris.

Catherine fait aussi partie, à mi-temps, de Art’Sign, association culturelle autour de la langue des signes.Celle-ci intervient auprès des enfants entendants dans les écoles, édite des BD autour du Monde des Sourds, créée des vidéoguides pour les musées, milite pour une plus grande accessibilité culturelle.

Elle déclare en souriant : « J’aimerais que les choses changent, on est capables de se battre nous-mêmes ». Poing levé.

Ce jeudi, à 15 h, à la MJC, « Féminisme sourd/féministe breton », avec Catherine Zlatkovic et Shirley Tong On de FSCS, Mélanie Joseph, Cécile Jacque du collectif féministe breton Gast !, et les modératrices Stéphanie Papin et Fathia Haski.

 

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