Avec son regard bleu lagon et l’or de sa chevelure, Marion Le Tohic, 38 ans, ressemble à une « Petite sirène » échappée de la ville d’Ys. Dans les pas de son grand-père, René Le Flohic, fondateur des auberges de jeunesse dans le Morbihan, elle a nourri son enfance aux contes de l’écrivain groisillon Lucien Gourong, avant de remonter jusqu’aux rives de la Seine, à la Maison de la Radio où elle accompagne, chaque matin, les chroniqueurs François Morel, Sofia Aram, Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice.

Exercice délicat

Depuis le mois de novembre, l’animateur Patrick Cohen le signale aux accros de la Matinale : « Marion Le Tohic traduit votre chronique à vos côtés en langue des signes. » Pour la voir, il faut évidemment regarder la radio sur son site Internet. Une chance pour les 400 000 sourds profonds et les 5 à 6 millions de personnes malentendantes.

Marion a découvert cette langue à l’âge de 9 ans, en regardant à la télévision l’actrice Emmanuelle Laborit dessiner le signe de la solidarité (les pouces et index des deux mains entrelacés). Elle a conjugué cours de théâtre et étude de la langue des signes, qu’elle enseigne désormais à l’École supérieure des interprètes et traducteurs (Sorbonne).

Comme nombre de ses 450 collègues, elle accompagne beaucoup de personnes malentendantes dans leurs démarches administratives. Il lui arrive d’évoquer des informations entendues à la radio – car, elle, est entendante« Mais qu’est-ce qui se passe dans cette grande boîte ? » lui demande ses « élèves ». Curieuse, elle décide d’écrire au PDG de Radio France et au comédien François Morel, qui tient chronique le vendredi matin sur la radio publique. Et la voilà désormais traductrice des trublions qui font le sel de la matinale de France Inter. L’exercice de style, délicat, nécessite de connaître leur texte sur le bout des doigts pour les interpréter dans les délais très courts de la radio. Ses gestes, ses mains, ses expressions permettent de découvrir autrement la radio, mais aussi de tendre un pont entre les entendants et le monde du silence.

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