Marlee Matlin enseigne la tolérance pendant son voyage en Israël

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L’actrice oscarisée, lauréate d’un prix prestigieux de la Fondation Ruderman, explique l’importance que le judaïsme accorde à l’intégration

L’actrice Marlee Matlin a placé ses mains devant son visage en forme de « L », et a claqué des doigts deux ou trois fois.

« C’est tout ? », a demandé un journaliste surpris. « C’est si court. »

Matlin apprenait à la presse israélienne le signe pour Tel Aviv en langue des signes, quelques jours après son arrivée en Israël pour la première fois. L’ironie de l’apprentissage américain aux Israéliens ne s’est pas perdue dans la traduction, pour ainsi dire, mais le cours n’était qu’un exemple du genre de travail qu’est venue faire l’actrice en Israël.

Se baladant autour de la salle du port de Tel Aviv où elle a reçu le Prix Morton E. Ruderman de l’intégration, Matlin s’est arrêtée pour prendre des photographies avec ses fans, dont certains étaient en fauteuil roulant ou marchaient avec une canne blanche. La langue des signes était très parlée par les centaines de personnes présentes.

Le prix de 100 000 dollars, présentée par la Fondation de la famille Ruderman, a reconnu ses réussites dans le militantisme pour les personnes handicapées, une cause qu’elle défend en étant la seule actrice sourde oscarisée.

Matlin est une parfaite avocate de la cause. Son charisme n’est absolument pas diminué par son fidèle interprète, Jack Jason, qui l’accompagne depuis des années, et l’on ressort d’une rencontre avec elle en ayant le sentiment qu’elle vous a rendu service. Et d’une certaine manière, c’est ce qu’elle a fait : si vous aviez l’impression que sa surdité la désavantageait légèrement, elle vous a donné une importante leçon de vie.

« Je n’ai jamais pensé que je ne pouvais pas faire quelque chose parce que je suis sourde », a expliqué Matlin au Times of Israël quand nous lui avons demandé comment elle était devenue actrice. « Je savais simplement que je voulais être à Hollywood. Je voulais être actrice, comme tout le monde, comme tous ceux que je voyais à la télévision ou dans les films, je voulais juste être comme eux. Mais je n’ai pas laissé ma surdité me définir. Je n’ai jamais laissé ma surdité me dire que je ne pouvais pas le faire, je n’ai jamais laissé ma surdité me faire croire ça. »

« J’ai le sentiment que dans notre société, le divertissement est si puissant, et elle est la première porte-parole sur le sujet. Pour cette raison, elle était donc le choix évident », a expliqué le président de la fondation, Jay Ruderman.

Marlee Matlin, au centre, avec Jay Ruderman, à sa gauche, pendant la cérémonie de remise des prix de la Fondation de la famille Ruderman, à Tel Aviv, le 18 juin 2017.

« Nous avons récemment publié un livre blanc, et nous avons conclu que 95 % des personnages handicapés vus à la télévision sont joués par des acteurs valides, a dit Ruderman. L’un de nos objectifs à court terme est de voir plus de personnes handicapées à la télévision. L’un des objectifs à long-terme est d’atteindre un tournant, où il n’y aura plus de stigmates, et où les personnes handicapées seront simplement vues comme des personnes. »

L’évènement en lui-même était une démonstration de ce à quoi pourrait ressembler une telle réalité. Buvant du vin et mangeant des tapas sur une terrasse surmontant la Méditerranée, la foule hétérogène discutait et riait sans le moindre regard en biais.

Mais malheureusement, la soirée contrastait fortement avec la manière dont les personnes handicapées sont généralement traitées dans le monde extérieur, dont un exemple est l’affaire dont s’est occupée la Fondation pendant cet évènement.

Récemment, un garçon de 15 ans de l’Oregon, qui avait remporté un prestigieux voyage aux Nations unies, a été informé qu’il ne pourrait pas y aller et que son prix était révoqué quand sa mère a dit à la commission qu’elle l’accompagnerait pendant le voyage car il était autiste. En apprenant que Niko Boskovic était autiste, le programme des Nations unies a déclaré qu’il n’était pas équipé pour répondre à ses besoins particuliers. Dimanche, après énormément de publicité négative, le programme semblait revenir sur cette décision.

Ruderman a dit que cette volte-face avait été permise par une importante campagne de son association et d’autres organisations, sur les réseaux sociaux. Une lettre a également été envoyée au directeur général des Nations unies.

« Je pense que le militantisme fonctionne. Je pense que si vous signalez des injustices, les choses changent. Et c’est une grande partie de ce que fait la fondation : tenter de pointer l’injustice », a-t-il dit.

Ruderman a expliqué que la majorité de son travail implique une « réponse rapide » aux cas de discrimination, par exemple quand des politiciens parlent de manière insultante des personnes handicapées.

« Nous répondons très rapidement dans les médias avec un communiqué de presse, et nous obtenons que les gens se mettent à penser. Nous avons des centaines d’autres exemples de cela, et quand vous les laissez passer sans rien dire, rien ne change. Mais quand vous parlez, et que vous organisez la communauté handicapée pour qu’elle parle, les choses commencent à changer », a-t-il dit.

Pour son premier voyage en Israël, Matlin a visité le pays et rencontré des militants et des personnes handicapées, dont des Arabes israéliens de Nazareth et des représentants de l’industrie du film israélien. Elle devait également rencontrer plus de 300 Israéliens sourds, se rendre au mur Occidental, et à la Knesset.

Marlee Matlin, avant la cérémonie de remise des prix de la Fondation de la famille Ruderman, à Tel Aviv, le 18 juin 2017. 

« Ce qui est important, je pense, dans les valeurs juives et l’éducation juive, a dit Matlin, c’est que, que vous soyez à la synagogue ou pas, il est toujours important d’intégrer quelqu’un, peu importe que la personne soit valide ou pas. »

« Je me souviens être assise à la synagogue, mon rabbin, qui utilisait la langue des signes, j’allais dans une synagogue pour les sourds, mon rabbin disait toujoursAime ton voisin, aime le quelles que soient ses capacités’, et cela m’est toujours resté. Et donc, je suis chanceuse d’avoir eu une éducation juive et des valeurs juives », a dit Matlin.

« Et d’avoir fait ma bat-mitzvah, c’est la cerise sur le gâteau », a-t-elle ajouté en riant.

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