Exclus du marché du travail du taxi par une loi qu’ils jugent «discriminante», des sourds sont prêts à aller devant les tribunaux pour devenir chauffeurs.

«On n’écarte pas la possibilité d’un recours collectif contre Québec, car ce règlement est discriminant, véhicule un préjugé d’incapacité, on ne peut pas être silencieux», lance Gilles Read, directeur général du Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain (CCSMM).

L’article 13 du Règlement relatif à la santé des conducteurs prévoit que les personnes atteintes de surdité moyenne à profonde ne peuvent détenir des permis de classe 4C, pour la conduite d’un taxi ou d’un minibus.

Cet ancien règlement mis sous la lumière lors de la légalisation d’Uber, en imposant un permis de classe 4C, a donc écarté une cinquantaine de personnes sourdes de la plateforme.

De gauche à droite: Patrick Lazure, Louis Desbiens et Benoit Landry, trois chauffeurs sourds qui dû arrêter Uber à cause de la règlementation entourant le permis 4C.
De gauche à droite: Patrick Lazure, Louis Desbiens et Benoit Landry, trois chauffeurs sourds qui dû arrêter Uber à cause de la règlementation entourant le permis 4C.

«Au-delà d’Uber»

«Ça va au-delà d’Uber, sans cet article, on pourrait être taxi ou même chauffeur d’autobus», ajoute M. Read, alors que plus de la moitié des 600 membres du Centre bénéficient de l’aide sociale, du chômage ou sont sans revenus.

Communiquer en cas d’urgence

La SAAQ, rappelle que ce règlement a été instauré afin que la «communication verbale soit immédiate et efficace en cas d’urgence pour le transport de passagers».

Un argument contredit par les personnes intéressées.

«On doit faire face à des situations urgentes en permanence et on arrive toujours à communiquer, plaide Patrick Lazure, un des premiers chauffeurs sourds Uber au Québec. On peut texter le 911, on a aussi le service de relais vidéo.»

Bien qu’ils consultent actuellement un conseiller juridique, ils souhaiteraient avant tout être consultés afin de revoir cette règle «d’une autre époque».

Patrick Lazure dit avoir été un des premiers chauffeurs sourds Uber au Québec.
Patrick Lazure dit avoir été un des premiers chauffeurs sourds Uber au Québec.

«Un chauffeur de taxi qui ne parle ni français ni anglais ne peut pas communiquer et un passager sourd ne peut communiquer avec un chauffeur entendant et pourtant, ce n’est pas interdit», souligne Louis Desbiens, un autre chauffeur sourd.

Le ministère des Transports ne souhaite pas pour l’instant rouvrir le code de sécurité routière pour modifier cet article et la SAAQ a répondu négativement aux demandes du CCSMM.

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