PORTRAIT. Danny Desjardins a été élevé dans un contexte peu commun. Ses parents étant sourds et muets, il a appris à parler avec ses grands-parents et son frère aîné. Il connaissait très peu le langage des signes à l’enfance et à l’adolescence, mais a toujours su communiquer avec son père et sa mère.

Depuis trois ans, Danny Desjardins est coordonnateur à l’Association des sourds de Lanaudière, un organisme de Joliette qui propose des services et des activités dédiés aux personnes malentendantes de la région.

Puisqu’il côtoie des gens sourds et muets quotidiennement, il maîtrise très bien le langage des signes. Avant l’âge de 20 ans, toutefois, il n’y connaissait presque rien.

«Quand j’étais petit, je me débrouillais pour me faire comprendre de mes parents avec des gestes de base. Par exemple, je savais dire « j’ai soif » ou « j’ai faim » en faisant des signes», se souvient-il, ajoutant que sa mère lit très bien sur les lèvres.

«Notre méthode fonctionnait, on n’a jamais eu de problème vraiment.»

Lorsqu’on lui demande s’il a ressenti un vide à l’enfance ou s’il a eu des difficultés d’apprentissage dû à l’écart communicationnel qui existait entre ses parents et lui, Danny Desjardins se contente de hausser les épaules en répondant qu’il s’est toujours senti comme les autres. Il ne se souvient pas  avoir «éprouvé un manque».

«J’ai appris à parler et à écrire comme tout le monde. Les autres enfants à l’école étaient curieux et me posaient des questions, mais je ne me sentais pas si différent. Mes grands-parents, qui sont tous les deux entendants, habitaient à côté de chez nous, alors ils m’aidaient. J’avais l’aide de mon grand frère aussi

Sourire aux lèvres, il se rappelle les moments où il se chamaillait avec son frère. Il appelait sa mère pour qu’elle vienne à sa rescousse, en vain.

«Le seul souvenir auquel je pense est plutôt coquasse, en fait. Je l’appelais, mais elle ne venait jamais m’aider, car elle ne m’entendait pas crier.»

Une petite vie à Mandeville

Christine et Michel Desjardins, parents de Danny, ont commencé à se fréquenter après avoir participé à une sortie de motoneige avec d’autres personnes sourdes. À l’époque, Michel habitait à Mandeville, alors que Christine vivait à Montréal. Quelque temps plus tard, elle quittait la région métropolitaine pour s’installer avec lui. Ils habitent toujours dans ce village aujourd’hui.

«Je n’aimais pas ça au début, mais je me suis habituée», se contente de dire celle qui a toujours préféré la ville. «Je trouvais que c’était ennuyant, la campagne», se souvient-elle, ajoutant qu’il n’y avait presque pas de services ou d’activités pour les personnes sourdes dans la région à l’époque. «Il fallait aller en ville pour ça.»

Après avoir emménagé à Mandeville, Christine a commencé à travailler pour l’Association des personnes sourdes de Lanaudière, laquelle a été fondée en 1991. Michel s’y est beaucoup impliqué bénévolement, lui aussi. Il est aujourd’hui président du conseil d’administration de l’organisme.

«Je voulais contribuer en organisant des activités pour les personnes sourdes et en proposant des services adaptés.»

La dame est également enseignante depuis 30 ans. Elle offre des cours de base aux personnes entendantes qui désirent apprendre le langage des signes ainsi que des formations aux interprètes qui souhaitent se spécialiser.

Du chemin à faire

À l’occasion de la Journée mondiale des sourds, le 24 septembre, L’Action a choisi de dresser un bref portrait des services mis à la disposition de ce groupe d’individus en 2016.

Au Québec, on répertorie environ 750 000 personnes atteintes de surdité à différents niveaux, ce qui représente environ 10 % de la population.

Christine Desjardins est malentendante depuis qu’elle est née. Sans appareil, elle est complètement sourde. L’implant cochléaire auquel elle a eu recours il y a quelque temps, toutefois, rehausse son niveau d’audition à environ 75 %.

Lors de notre entretien, elle arrivait à se faire comprendre par la parole et à émettre des sons, son fils agissant de temps à autre à titre d’interprète.

«Je n’entendrai jamais comme tout le monde, mais j’entends», dit-elle. Quant à son mari, Michel, il ne communique qu’avec le langage des signes.

Bien que l’on constate plusieurs avancées technologiques pour accommoder les personnes sourdes, ces dernières années, la famille Desjardins estime qu’il reste du chemin à parcourir, notamment en ce qui a trait aux services d’interprétariat mis à leur disposition.

Pour les besoins essentiels, comme un accompagnement chez le médecin ou chez le dentiste, le service est gratuit. Mais dans plusieurs situations, notamment un rendez-vous chez le notaire ou autres, le requérant doit payer pour un interprète.

«Disons que ça pourrait être mieux. Les services d’interprétariat peuvent coûter très cher à la longue. Pourtant, ils sont indispensables pour intégrer les personnes sourdes et muettes à notre société.»

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