Hommage à un sourd d’exception

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Il s’appelait Paul Burckel. Un foyer pour sourds porte son nom, une petite rue de Bellevue aussi. C’est là qu’a été orchestrée, hier matin, une cérémonie patriotique, en hommage à ce résistant pas comme les autres.

L’appel du 18-Juin du général de Gaulle, Paul Burckel ne l’a pas entendu, bien sûr. Mais ses camarades lui ont expliqué. Il avait 25  ans et sa vie a basculé », résume Jean Mer, maître d’oeuvre de la cérémonie orchestrée hier matin à l’entrée d’une impasse de Bellevue. Un hommage simple mais émouvant, porté par plusieurs associations patriotiques, des élus, une forte délégation de l’Amicale des sourds du Finistère et le président national de SurdiFrance. Paul Burckel est né il y a 100 ans tout juste, le 3 mai 1915, à Brest, dans une famille originaire de l’Est de la France. Le papa était commissaire de la Marine. « C’est à l’âge de 3  ans que Paul Burckel est devenu sourd, après une méningite, explique Jean Mer, qui travaille depuis plus d’un an sur le sujet. On sait qu’il a vécu à Nantes, à partir de ses 8 ans, et qu’il a rapidement appris le langage des signes dans un institut spécialisé. C’est la seule certitude, puisque nombre d’archives ont brûlé durant la guerre et qu’il ne reste plus qu’un vieux registre partiellement calciné y attestant de sa présence ».

« Ses copains le pinçaient »

Malgré son handicap, Paul Burckel fera taire les incrédules et surmontera les difficultés en devenant charpentier de marine, avant d’apprendre la sculpture dans la prestigieuse école Boulle.

Après l’appel du général de Gaulle, Paul Burckel s’embarquera rapidement sur un paquebot à destination de Southampton pour s’y engager au sein des Forces navales françaises libres. Une belle revanche pour celui qui avait été jugé inapte au service militaire, quelques mois plus tôt. « On sait qu’il a participé à la bataille d’Angleterre, qu’il a également été du débarquement en Provence, relate Jean Mer. Pour communiquer, quand il se passait quelque chose d’important, ses copains le pinçaient ».

Seul sourd dans les Forces navales

Revenu à Brest en 1944, Paul Burckel recevra un hommage direct du général de Gaulle… et de nombreuses décorations. Mais si les malentendants lui vouent une admiration sans bornes, c’est parce qu’il a fondé l’Amicale des sourds du Finistère, institution qu’il présidera jusqu’à son décès, le 12 juin 2001. « Il a fait reconnaître notre handicap et ce n’était pas facile. La langue des signes, par exemple, n’a été officiellement reconnue en France qu’en 1971. Paul, c’est notre soleil », résume Jean Mer, qui éprouve un seul regret, celui de n’avoir pas retrouvé de descendants du vaillant résistant, malgré d’intenses recherches sur Internet : « Il semble qu’il n’ait pas eu d’enfants », confie-t-il. Mais, de l’avis d’un historien local, le journaliste Bruno Calves, Paul Burckel se serait marié à deux reprises, une première fois durant la guerre en Angleterre, puis en 1987, comme l’attestent des documents retrouvés dans les archives municipales. De quoi, sûrement, initier de nouvelles recherches qui alimenteront la mémoire de cet homme d’exception.

Source : http://www.letelegramme.fr © 4 Mai 2015

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