Houplines: la langue des signes, nouveau destin de Yannick Vendeville

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En mars 2014, Yannick Vendeville est licencié de son entreprise de logistique, la médecine du travail l’ayant déclaré inapte au poste. Après avoir vécu ce licenciement comme un soulagement, l’Houplinois a choisi de se reconvertir dans l’apprentissage du langage des signes.

Yannick Vendeville a changé de cap professionnel l’an dernier après un licenciement.

« C’était le moment où jamais de changer d’orientation professionnelle », estime Yannick. Dans le cercle familial, la décision a été bien accueillie « J’ai toujours été soutenu », reconnaît l’Houplinois dont le choix est assumé de longue date pour cette filière hors du commun. Cela fait plus de quinze ans qu’il avait en tête d’apprendre le langage des signes et d’en faire son métier.

« À Pôle emploi, lorsqu’ils m’ont vu avec mon projet, ils m’ont pris pour un extraterrestre ! » se souvient encore celui qui n’a pas attendu la sortie du film La Famille Bélier pour se diriger vers cette nouvelle voie, parfois semée d’embûches. « Pour débuter ma formation, j’ai dû me battre et me débrouiller seul. »

Les premiers jours devant la glace

Finalement, c’est au centre de formation Continue Sup’ à Saint-Jude qu’il a acquis le premier niveau, en février, avec une note de 15,5 sur 20. « Les premiers jours, tu t’exerces devant ta glace. Au début c’est difficile de s’acclimater, mais je trouve ça beau et intéressant ! C’est une autre façon de percevoir les choses avec un sens en moins. »

À compter de juin et jusqu’en décembre, Yannick devrait poursuivre son cursus au centre de formation du langage des signes à Lille. « À 41 ans, j’ai la sensation de découvrir un autre monde que j’ai toujours voulu connaître pour en faire mon métier », savoure l’Houplinois.

Oui, mais avec quels débouchés à la clé ? « J’aimerais travailler avec des enfants sourds dans les écoles, ou comme interprète dans les hôpitaux, les services publics. Si j’en suis là, c’est aussi grâce à Jean-Claude Perez, formateur à Lille, qui a su m’aider l’an dernier dans mon projet à un moment où c’était difficile. »

Actuellement en période de formation, Yannick Vendeville est à la recherche d’une structure qui pourrait l’accueillir en alternance. Il se dit d’ailleurs prêt à signer !

Contact : 06 06 66 96 83

 

Chloé Delahousse: ses mains ont la parole

Sourde de naissance, l’Houplinoise Chloé Delahousse (25 ans) réside maintenant à Poitiers où elle enseigne la langue des signes, après avoir suivi des formations à Paris. Son but est d’obtenir un Master 2 afin de devenir professeure pour enfants en milieu scolaire. Avec son air jovial, elle nous apporte son expertise sur cette langue des signes dont elle a fait son métier et sa passion.

– Pourquoi avoir choisi d’enseigner ?

« Ce que j’aime le plus, c’est enseigner la langue des signes aux enfants sourds. Mes mains sont en or, c’est ma vraie langue ! Dans mon enfance, je n’ai jamais eu de professeurs qui enseignent la langue des signes. Ils voulaient me faire parler à tout prix. Je ne veux pas que les enfants sourds vivent la même situation. J’ai réellement appris la langue des signes à 20 ans, ce fut une renaissance. Ma place est dans le monde des sourds. C’est pourquoi je voudrais que les enfants sourds puissent communiquer et être heureux dès leur petite enfance. »

– Quelles méthodes pour apprendre le langage des signes ?

« Dans les dictionnaires, on voit les signes mais il manque les expressions du corps et du visage. On ne signe pas mot par mot. Dans les livres, c’est juste pour aider et mémoriser. Si l’apprentissage n’a pas été fait en milieu scolaire, il est possible d’aller en formation comme je l’ai fait. Il est plus facile de retenir lorsqu’on vit cette langue avec les expressions du visage et du corps. La langue des signes est une langue très belle et tellement riche. C’est une langue à part entière, avec sa grammaire, et son mode de communication. Tout le corps s’exprime. »

– À quelles difficultés sont confrontés les sourds ?

« Pour les entendants, il y a toujours un moment de recul face à un sourd. Ils ont même des difficultés à prononcer le mot sourd et disent malentendant. En réalité, nous n’entendons pas du tout ! Les sourds ne sont pas très présents dans les entreprises, la loi n’est souvent pas respectée. A l’école, il y a beaucoup de professeurs qui ne pratiquent pas la bonne pédagogie. Ils enseignent à des enfants sourds sans avoir fait l’effort d’apprendre la langue des signes. Il y a très peu d’écoles bilingues qui pratiquent la langue des signes en première langue. En France, il y a 80 % de jeunes sourds qui sont en échec scolaire. J’ai eu de la chance d’avoir mes parents qui me soutiennent énormément, dans mes parcours. »

 

Où se renseigner ?

Centre de formation à la langue des signes, 9, boulevard Papin à Lille. Contact: 03 20 42 90 37.

L’association SourdMédia, 45, avenue de Flandre à Wasquehal. Contact : 03 20 17 16 10.

Source : http://www.lavoixdunord.fr © 11 Avril 2015 à Houplines

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