The Tribe : « pour devenir adulte il faut accepter que tu vas mourir »

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Le choc The Tribe vient de triompher à la Semaine de la critique de Cannes 2014 : rencontre avec son réalisateur, l’Ukrainien Myroslav Slaboshpytskiy.

Il a réalisé le film choc de Cannes 2014. Pour son premier film, l’Ukrainien Myroslav Slaboshpytskiy, 39 ans, vient de placer la barre très très haut. Véritable baffe sensorielle, The Tribe raconte avec une violence inouïe le quotidien de jeunes sourds-muets dans un institut paumé où ils sont livrés à eux-mêmes. Notre critique a vécu un véritable choc (vous pouvez lire la review ici), et The Tribe vient de remporter ce soir trois prix à la Semaine de la critique où il était présenté : Grand prix, Prix Fondation Gan et Grand Prix Nespresso. Le matin, sous une pluie battante, nous avons rencontré Myroslav qui nous raconte comment il a fondé The Tribe.

D’où vient l’idée de The Tribe ?
J’ai réalisé en 2009 Deafness, un court-métrage de 11 minutes qui a coûté 300 euros, et qui a été nommé à l’Ours d’or du Meilleur court-métrage à Berlin. Un film sans dialogues avec de longs plans. C’est à partir de là que j’ai eu l’idée de faire un film entier sur ce sujet.

Pourquoi avoir choisi de tourner selon la règle une séquence = un plan ?
Franchement, à l’écriture du scénario, je n’y pensais même pas. C’est venu pendant les répétitions- je t’assure qu’on a préparé le film à mort- une fois qu’on avait rassemblé le casting dans l’école qui sert de décor.

C’était compliqué de tourner le film ? 
En tout, il y a seulement 23 plans dans le film, un par séquence, donc. On a tourné avec une efficacité redoutable. On avait parfois des journées de travail de 24 heures. Certaines séquences nous ont demandé plusieurs jours de boulot. La séquence de l’avortement, qui dure en tout onze minutes, nous a pris toute une journée. Et pourtant je trouve que c’était la plus difficile de toutes. On a demandé des conseils à un gynéco. Mais je te rassure, tout est vraiment du cinéma dans cette scène…

On te pose la question ?
Et oui. (rires)

Comment tu as pu convaincre tes acteurs de tourner des scènes aussi violentes ?
Ahah, c’est la question que tout le monde me pose. Honnêtement, la réponse n’est pas super intéressante (rires). Ils étaient tous non-professionnels, ils avaient entre 19 et 23 ans. La clef c’était de les mettre pour de bon dans les circonstances de la scène, les immerger. On travaillait avec un interprète de langue des signes, évidemment. Ils étaient comme des fous. Ils voulaient tous jouer, être le héros ou l’héroïne. Le tournage a quand même été éprouvant pour eux. L’actrice Yana Novikova est venue me voir et m’a dit« mon job chez McDonald’s est moins dur que ça. »

Pas un mot n’est prononcé dans le film. Et pourtant je le trouve hyper bavard. Tu as écrit des dialogues dans le scénario pour représenter les échanges entre personnages ou pas ?
Bien sûr ! Le premier jet était écrit de façon tout à fait classique, avec des dialogues entre personnages. On a utilisé l’interprète pour bien s’assurer que les acteurs traduisaient ce qui était écrit entre eux.

Tu dis dans ta note d’intention que c’est un film « humaniste ». Tu penses que le film dit quelque chose sur la jeunesse ukrainienne ?
Ahah, non, je ne suis pas en train de dire que tous les ados ukrainiens ou russes s’entretuent au quotidien. Mais c’est vrai que je pense que le processus de devenir adulte passe par la confrontation au sexe et à la violence. Pour abandonner ton enfance, pour devenir adulte il faut accepter que tu vas mourir.

Comment tu comptes aller plus loin et plus fort que The Tribe avec ton prochain film ?
Je ne me mets pas ce genre de pression. Pour l’instant on espère que The Tribe sera sélectionné au Festival de Rotterdam, qui aime bien les films étranges. Après on verra.

Source : http://www.premiere.fr © 22 Mai 2014 

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