Dax : « Les femmes et les enfants d’abord », sans oublier les sourds

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La pièce « Les femmes et les enfants d’abord » était doublée en langue des signes lundi à l’Atrium.

Sur scène, un musicien, trois comédiennes, une metteur en scène, une interprète en langue des signes et la médiatrice d’Arguia théâtre tournant les pages de cette pièce enlevée.

A la fin du spectacle lundi soir, Joël s’est dirigé avec un grand sourire vers Aline Gressien qui descendait de scène. Sourd, le Dacquois venait d’assister à la lecture publique et gratuite proposée par Arguia et doublée pour la première fois en langue des signes. Ancienne comédienne amateur des ateliers théâtre de la compagnie, la jeune femme malentendante avait accepté de tenter l’expérience avec l’aide de Nathalie Milliard qui lui tournait les pages. Aujourd’hui installée dans le Loiret, la Dacquoise âgée de 25 ans s’est peu à peu décontractée au fil de la pièce écrite par Véronique Viel en collaboration avec Isabelle de Toledo.

« Les femmes et les enfants d’abord », ou l’histoire de trois mères de famille habitant sur le même palier et se serrant les coudes face à la disparition de leurs hommes, aux cris et aux caprices de leur progéniture, à un monde du travail qui demande de courir toujours plus vite sous peine de rester à quai, aux tas de linge qui s’accumulent et qu’il faut trier en piles « blanc », « couleur » ou « très sale »…

Mots, refrains et gestes

Un texte à la fois mordant et tendre, piquant et poétique, ancré dans le réel et frôlant le fantastique, pour conter le quotidien « chaviresque » de trois héroïnes anonymes qui se battent avec humour et amour pour exister sans se renier.

Pour incarner ces trois personnages, trois excellentes comédiennes, Véronique Viel elle-même, Nathalie Cerda et Rachel Arditi. Entre ingénue et maîtresse-femme, le trio sait aussi accorder ses trois belles voix, puisque le texte est émaillé de chansons dont le pianiste François Peyrony a composé les musiques jouées en direct sur scène.

Sous les lumières également, la « metteur en lecture » Panchika Velez, et juste à côté donc, Aline Gressien, dont les gestes se sont élargis et déployés au fur et à mesure que fusaient les répliques. Le regard du spectateur papillonnait des comédiennes incarnant la pièce au micro, à la jeune femme traduisant leurs mots en signes. Les bras battant l’air lorsqu’une de ces mères courage explique pourquoi elle a appelé ses trois filles Lola, Lucile et Lilou, « pour qu’elles aient des ailes. Et pour voler, c’est mieux quand il y en a deux, des ‘‘l’’ ! »

À son pouce levé vers le plafond de l’Atrium et son large sourire, pas difficile de comprendre que Joël avait apprécié en tant que spectateur ce très bon moment grâce à la traduction d’Aline. Les yeux brillants de cette dernière en disaient aussi long sur la bonne expérience que la jeune mannequin venait de vivre malgré le trac d’avant-scène et l’énergie fournie pendant une heure et demie. Les deux se sont alors lancés dans une conversation à signes rompus, impossible à suivre pour les non-initiés à cette langue.

Ciné pour les non-voyants ?

L’idée de cette première lecture théâtrale accessible aux malentendants émane de Francine Sanson, conseillère municipale déléguée aux personnes âgées et à celles souffrant d’un handicap. « J’essaie de mettre tout en œuvre pour que chacun ait accès à la culture et au sport. » Lorsque Cathy Mazzer a frappé à la porte de la mairie pour demander qu’on l’aide à créer à Dax une antenne de l’Association landaise des sourds et malentendants (ALSM), elle a du coup trouvé une oreille plus qu’attentive.

Grand-mère d’un petit Timothé sourd depuis la naissance, l’infirmière dacquoise a appris la langue des signes à Mont-de-Marsan. « Je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait rien pour les sourds dans le département. Ils n’ont pas de lieu d’échanges et il y a beaucoup de souci pour la scolarité des enfants. » La nouvelle antenne dacquoise de l’ASLM a commencé par mettre en place des cours de langue des signes le mercredi soir depuis le 2 octobre avec une interprète venue de Mont-de-Marsan. « Il y a énormément de monde, souligne Cathy Mazzer. Des orthophonistes, des ORL, des auxiliaires de vie scolaires, des sages-femmes, des parents d’enfants sourds… »

De la communication à l’accessibilité à toutes les activités sociales, le champ d’action est large. Francine Sanson s’est aussi rapprochée du cinéma pour voir si des séances audiocryptées à destination des non-voyants pourraient être programmées. Quant à la pièce « Les Femmes et les femmes d’abord », l’heure est aujourd’hui à la quête de producteurs pour la monter. Une première en tout cas et en tous points prometteuse.

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