Bambins initiés à la langue des signes

0

A la crèche Les Ecureuils, les enfants apprendront bientôt à s’exprimer par les gestes.

Catherine Bürki

Une main qui se frotte le ventre, des bras qui s’agitent en l’air, des épaules qui s’affaissent: à la crèche Les Ecureuils à Corgémont, qu’on ait faim, qu’on soit content ou encore fâché, on le dit, et surtout on le montre. Du moins, c’est ce que les cinq éducateurs de l’enfance de cette petite structure d’accueil (16 enfants par jours âgés de trois mois à six ans) aimeraient. Depuis plusieurs semaines, ces derniers se préparent à introduire une toute nouvelle méthode pédagogique. «Dès le mois de novembre, nous allons apprendre le langage des signes aux enfants», révèle Joëlle Zahnd, l’une des éducatrices de l’établissement. D’emblée, elle souligne alors que la crèche curgismondaine n’accueille pas des enfants atteints de surdité. Elle explique: «L’objectif est de faciliter la communication avec les enfants qui ne sont pas encore en âge de parler. En utilisant les gestes, ils pourront nous indiquer leurs besoins, envies ou sentiments.» Et de détailler: «Les enfants qui n’ont pas encore acquis la faculté de parler s’expriment en grande partie par les pleurs. Or, il peut s’avérer très difficile d’interpréter le pourquoi d’un sanglot. Avec la langue des signes, les enfants ne seront plus frustrés par leur incapacité à se faire comprendre. Ils pourront communiquer non seulement avec nous, mais également entre eux ou avec leurs parents.»
Elaborée aux Etats-Unis il y a une cinquantaine d’années, l’utilisation de la langue des signes à des fins pédagogiques a été introduite en Suisse il y a cinq ans par l’association Signons ensemble. Jessica Delalay, éducatrice de l’enfance et formatrice au sein de Signons ensemble, raconte: «Nous avons commencé en introduisant la méthode dans le cadre familial. Par la suite, plusieurs crèches se sont dites intéressées. En Suisse romande, il y a actuellement une dizaine de structures d’accueil qui utilisent la langue des signes, dont une à Bassecourt et une à Moutier.»

Des gestes utiles

A la crèche Les Ecureuils, les éducateurs sont aujourd’hui sur le point de terminer la formation dispensée par l’association. Profitant de l’heure de la sieste de ses petits pensionnaires, Joëlle Zahnd s’éclipse dans le bureau pour réfléchir à la manière dont elle et ses collègues entendent introduire la méthode dans la vie quotidienne de la crèche. Elle exhibe alors un papier sur lequel sont tracés une centaine de mots tels que dormir, jouer, biberon, câlin, chat ou encore lumière. «Le but n’est pas de leur apprendre à tenir une conversation en langue des signes. Nous leur enseignerons seulement les gestes qui leur seront réellement utiles pour exprimer leurs besoins ou leurs émotions.»
Quant à la technique d’apprentissage à appliquer, l’éducatrice est catégorique: hors de question de bourrer le crâne des enfants avec des séries de signes. «Nous allons y aller petit à petit en commençant par cinq gestes.» Comme l’indique encore Joëlle Zahnd,il ne sera pas non plus question d’asseoir les enfants et de leur dispenser des leçons de langue des signes: «A cet âge, ils apprennent beaucoup par mimétisme. Nous nous efforcerons d’effectuer les gestes lorsque nous nous adresserons à eux. A force de voir les gestes, les enfants les intégreront et, au final, les reproduiront de manière naturelle sans devoir réfléchir.» Sourire aux lèvres, l’éducatrice ajoute encore: «Ils ont l’habitude d’apprendre de nouvelles choses, ça ne devrait pas leur poser de problème. C’est plutôt nous qui, au début, nous sentirons un peu mal à l’aise

Pas de retard dansl’acquisition du langage

A l’heure de finaliser l’instauration de la méthode au sein de la crèche, Joëlle Zahnd tient à rassurer les parents: «Beaucoup se demandent si cela ne retardera pas l’acquisition du langage. Ce n’est absolument pas le cas. Les éducateurs joindront toujours le geste à la parole. La langue ne sera jamais mise de côté.» Afin d’expliquer au mieux la démarche aux parents, une séance d’information sera mise sur pied à la fin du mois. «Rien ne sera entrepris avant cette date», promet Joëlle Zahnd.
Une vidéo expliquant les différents gestes et leurs significations sera également mise sur internet afin que les parents puissent, s’ils le désirent, poursuivre le travail en dehors de la crèche. «Pour que les enfants apprennent réellement à utiliser les signes pour s’exprimer, il faudrait que les parents poursuivent la démarche à la maison.» Et l’éducatrice de préciser: «Ça serait l’idéal, mais il n’y a naturellement aucune obligation.»
Et pour convaincre les plus réfractaires, Joëlle Zahnd a encore un dernier atout en poche. Sur le ton de la plaisanterie, elle confie: «S’ils peuvent s’exprimer par les gestes, les enfants pleureront moins. Et ce autant à la crèche qu’à la maison!» Un argument qui, à coup sûr, en fera réfléchir plus d’un.

[list style= »event »]

[/list]

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.