La mairie de Bergerac forme ses agents à la langue des signes

0

12 employés se sont portés volontaires pour suivre des séances d’initiation hebdomadaires.

Les agents municipaux suivent avec beaucoup d’intérêt les séances d’initiation à la langue des signes de l’association SEM (Sourds-entendants-malentendants) 24-47

Silence dans la salle du Conseil municipal de Bergerac. Debout sur l’estrade, un homme lève la main en fronçant les sourcils. L’auditoire assis devant lui reproduit son geste, avec plus ou moins de réussite. « Attention, faites comme moi. Le pouce tourné vers l’intérieur et non vers l’extérieur, sinon, ce n’est plus le même signe », lâche le maître de cérémonie. Immédiatement, les esprits distraits rectifient le tir. Pas question de faire dans l’à-peu-près. L’enjeu est trop important pour être traité avec légèreté.

Parce que les services publics doivent être accessibles à tous, et pas uniquement aux entendants, la Ville de Bergerac forme actuellement 12 de ses agents à l’usage et à la compréhension de la langue des signes française (LSF). L’initiation est prévue pour durer au total 24 heures, réparties sur 12 semaines : insuffisant pour maîtriser la LSF au bout des doigts – il en faut 700 à 800 pour avoir l’équivalent d’un niveau bac – mais assez pour apprendre les bases de la langue. « À l’issue de la formation, les employés municipaux seront en mesure d’accueillir dans de bonnes conditions les sourds et malentendants », explique Philippe Lefebvre, le président de l’association SEM (Sourds-entendants-malentendants) 24-47 qui dispense les séances d’initiation.

Pour l’heure, les agents municipaux se débrouillent comme ils le peuvent. Avec le risque de ne pas toujours comprendre et de se faire comprendre du public concerné. « On fait des gestes en pensant que la personne va saisir ce qu’on lui dit, mais on se rend compte avec cette formation à la LSF que, très souvent, ces gestes ne sont pas adaptés, confie une employée du centre communal d’action sociale (CCAS) de Bergerac. En fait, je crois même qu’on s’embrouille plutôt qu’autre chose. »

  • Des progrès se font sentir

Après deuxances d’initiation, il reste encore beaucoup de travail, mais les premiers progrès se font déjà sentir. Chacun sait désormais poser une question en langue des signes et reconnaître ce qui en est une. Encore un petit effort et il en sera de même pour l’expression des sentiments avec utilisation de la fameuse « règle des contraires ». « La langue des signes s’appuie beaucoup sur les oppositions, explique le président de SEM 24-47. On apprend ainsi à exprimer le beau en opposition au laid, le propre au sale, le rire aux pleurs. »

L’exercice, qui passe par des grimaces, en devient souvent tellement amusant que les rires pleuvent dans la salle. Mais Philippe Lefebvre est là pour remettre un peu de discipline quand le besoin s’en fait sentir. «Les entendants ont tendance à se mettre à parler dès qu’il y a un peu d’excitation dans l’air, mais il faut faire en sorte d’éviter d’avoir recours à la parole, poursuit Philippe Lefebvre. Ce n’est plus le fait de parler qui doit être un réflexe, mais celui de faire des signes.»

  • Penser avec les signes

Pour ça, il faut du sérieux et « beaucoup de concentration ». Car la langue des signes implique de penser autrement. Non plus avec des « mots » mais avec des « images ». « Le mieux est d’avoir une photo sous la main, enchaîne le président de SEM. Si on n’en a pas, alors on fait un signe. » Le bon, de préférence. Car pour un même mot, il y a souvent plusieurs sens, « donc plusieurs signes différents à utiliser », rappelle Philippe Lefebvre.

Vous avez dit compliqué ? Ce n’est que le début. Les employés municipaux doivent encore apprendre la dactylologie (l’équivalent de l’alphabet chez les sourds et les malentendants) avant d’accéder à la connaissance du vocabulaire administratif. Une montagne de connaissances qu’il ne sert à rien de gravir trop vite. « Ce n’est pas la peine de vouloir apprendre la LSF sur Internet, c’est comme ça qu’on fait des erreurs. Mieux vaut commencer par consolider ses acquis », conclut Philippe Lefebvre.

[list style= »event »]

[/list]

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.