Oignies: Amandine signe la première visite du 9/9 bis à destination d’un public sourd

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À l’occasion des rendez-vous du patrimoine, la communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin proposait, dimanche dernier, une visite du site minier en langue des signes. Une première assurée par Amandine, une jeune femme de 21 ans, sourde profonde, en service civique pour six mois au sein de Signes de Sens. Et surtout un vrai succès que compte bien réitérer le service patrimoine de la collectivité.

Pour Amandine, cette première visite guidée est une expérience « extrêmement enrichissante ».

Dimanche 28 avril, 15 h 30. Salle des pendus, puits d’extraction, bâtiment des machines… Depuis plus d’une heure, un groupe d’une trentaine de personnes parcourt le site minier oigninois. Dans le silence le plus total. Non pas que tous soient indifférents, ni même complètement désintéressés par l’histoire de ce carreau de fosse qui a marqué le début comme la fin de l’épopée charbonnière dans le Pas-de-Calais. Bien au contraire. « Ils étaient tous captivés et se sont montrés très curieux. Ils n’ont pas arrêté de me poser des questions », confie Amandine à l’issue de cette visite qu’elle a rondement menée en langue des signes.

Handicap invisible

Née malentendante, la jeune femme de 21 ans est aujourd’hui sourde profonde. Habituellement appareillée pour entendre les sons, elle sait néanmoins parfaitement lire sur les lèvres et se faire comprendre. « On doit tout le temps s’adapter, explique-t-elle. D’autant que notre handicap n’est pas visible. Du coup, on souffre d’un manque d’accessibilité dans les moindres tâches du quotidien. » Que ce soit pour les démarches administratives car « tous les sourds ne savent pas lire », comme pour le parcours solaire. Amandine, elle, a passé sa licence d’histoire à Arras, dans un établissement privé rattaché au ministère de la Sanavec des professeurs spécialisés. « Mais dès qu’on sort de ces structures, c’est beaucoup plus compliqué car il faut être accompagné d’un interprète. » Ce qui n’est pas gratuit… « Il faut compter environ 60 euros de l’heure. Et même si l’État propose des aides, ce n’est malheureusement pas suffisant. »
La jeune femme s’est donc rapprochée de Signes de Sens, une structure lilloise qui, depuis 2003, a pour objectif de faciliter l’accès au savoir et à la culture aux personnes sourdes, notamment à travers la production d’outils pédagogiques. « J’y suis en service civique pendant 6 mois. Et les visites guidées font partie de mes missions. » Une expérience d’autant plus enrichissante qu’elle a été l’occasion, pour Amandine, de se plonger dans l’histoire du bassin minier. « Je suis venue en amont avec un guide qui connaît bien le site et deux interprètes et nous avons filmé toute la séance. Pour me préparer, j’ai donc pu m’appuyer sur la vidéo et enrichir avec des petites recherches complémentaires. »
Un peu paralysée par le trac pour cette grande première, elle est ressortie enchantée. Tout comme les visiteurs, venus de toute la région, Arras, Valenciennes… et même de l’Essonne. Pour certains, cette découverte a réveillé pas mal de souvenirs et suscité beaucoup d’émotion. « Je suis pleine de nostalgie car mon papa a travaillé ici, raconte Sylviane. Je me souviens être venue, toute petite, avec lui, et qu’il me montrait les bureaux. » De cette époque, l’Annoeullinoise de 50 ans a gardé en mémoire des images indélébiles et quelques précieux trésors, notamment un casque et un sac de mineur. Dans la famille d’André, pas moins de cinq générations se sont succédé au fond. Lui se souvient encore du visage noirci de son grand-père et de cette odeur si particulière qui imprégnait ses vêtements.

Sortir de l’isolement

Des témoignages forts qui ont continué à alimenter les conversations au sein du groupe une fois la visite terminée. À tel point qu’une heure après, tous étaient encore sur le site, à « discuter ». « En plus de l’apport pédagogique et culturel, ce genre de sortie permet aux sourds de rencontrer d’autres sourds et de sortir de leur isolement », souligne Amandine. De quoi satisfaire également Hélène Leleu, du service patrimoine de la communauté d’agglo. « Tout comme le service pays d’art et d’histoire de Lens-Liévin et l’office de tourisme de Douai, nous avons voulu ouvrir nos circuits et visite au public le plus large possible. Et cette visite sur le 9/9 bis prouve bien qu’il y a une réelle attente et qu’il y a des projets à imaginer et à construire. »
Un discours qui ravit Amandine. « Avec la loi de 2005 sur l’accessibilité, on sent que les choses évoluent… petit à petit. Mais pour nous, personnes sourdes, ça ne va jamais assez vite. » L’association Signes de Sens est néanmoins de plus en plus sollicitée par les organismes culturels. Plusieurs musées de la région, tels que le Palais des beaux-arts de Lille ou encore le Musée d’histoire naturelle, font régulièrement appel à la contribution de guides sourds. « On est sur la bonne voie. »
Les rendez-vous du patrimoine se déroulent jusqu’au 3 novembre. Visites guidées, balades insolites, circuits bus, ateliers jeune public : tout est gratuit. Et la réservation recommandée au 03 21 08 08 00. Plus d’infos sur le site internet http://www.agglo-henincarvin.fr
Concernant l’association Signe de Sens : infos au 06 98 68 67 96 ou sur www.signesdesens.org

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