Livres > Linguistique > Malentendus

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ÉditeurActes Sud Editions

Sortie : 9 janvier 2013

Pays : France

Résume :

L’univers de Marie-Claude et Yves Laporte vacille lorsqu’ils découvrent que leur second fils, Julien, est sourd. Un temps déstabilisé, Yves Laporte n’est pourtant pas du genre à baisser les bras ou sombrer comme son épouse dans la culpabilité. Déterminé à surmonter la fatalité, à corriger la surdité de son enfant, il s’abreuve de lectures et décide de suivre les préceptes de Graham Bell, l’inventeur du téléphone qui fut d’abord professeur d’enfants sourds.
Armé des meilleures intentions, il prétend démontrer la validité des thèses oralistes de Bell, projette bientôt d’en tirer un livre et de faire, en somme, de la surdité sa chance. Mais Julien va dévaster une seconde fois toutes les projections paternelles en s’enfuyant de la maison à vingt ans, brisant le joug paternel pour découvrir à Paris la langue des signes. Il ne reviendra qu’un quart de siècle plus tard afin de solder ce lourd héritage, devenu père à son tour, sûr de lui, de sa réussite au sein de la communauté sourde et de ses propres thèses.
Dans la continuité de ses romans précédents qui mêlaient déjà fiction, enquête et témoignage, Bertrand Leclair déploie une construction étonnante et pourtant fluide, juxtaposant les strates temporelles pour mieux libérer l’émotion dans le millefeuille du temps. Déroulant en toile de fond la grande histoire, celle des sourds tiraillés entre communautarisme et assimilation, il cherche à atteindre une autre vérité de l’expérience humaine, explorant l’intime à travers les projections et les convictions inavouables que chacun, dans la famille de Julien comme dans celle du narrateur, se forge en secret.
Quand la surdité s’invite dans le roman familial, voilà en effet que ce dernier se délite, que la trame ordinaire des non-dits et des malentendus laisse deviner des motifs jusqu’alors invisibles, voilà que les sentiments qu’on croyait les meilleurs peuvent se révéler les pires. S’invite alors la question de l’amour, à rebours des mécanismes d’admiration et de reconnaissance qui commandent le plus souvent au destin des familles.
De ce montage surprenant, guidé par une implication personnelle constante et assumée, naît un récit à la fois romanesque et pédagogique. Du malentendu à la malédiction, cette histoire collective aussi passionnante que sidérante ouvre à un questionnement qui l’excède à son tour : comment dépasser les peurs qui nous agissent à notre insu, dépasser la haine inconsciente qu’elles génèrent ? En français comme en langue des signes, l’amour est-il voué à demeurer une langue étrangère ?
Bertrand Leclair est romancier, essayiste et dramaturge. Il est l’auteur d’une douzaine de livres, de nombreuses fictions radiophoniques et d’une pièce de théâtre mêlant le français et la langue des signes, Héritages, créée en 2011 par Emmanuelle Laborit à l’ivt à Paris et en tournée depuis. Après avoir joué avec les codes du roman historique (Une guerre sans fin, 2008), du roman noir (L’Invraisemblable Histoire de Georges Pessant, 2010) et du récit érotique (L’Amant Liesse, 2007), il prend cette fois à contre-pied les conventions du roman familial, ou roman intimiste.
Derniers titres parus : Petit éloge de la paternité (Folio, 2010) et Dans les rouleaux du temps (Flammarion, 2011).
La revue de presse : Florence Bouchy – Le Monde du 3 janvier 2013
Bertrand Leclair, père d’une fille sourde, a découvert avec elle un monde, et fait des rencontres. C’est la matière de son beau roman,  » Malentendus « …
Ce n’est pas un essai, comme l’avait un temps envisagé Bertrand Leclair, mais bel et bien un roman, auquel l’ancrage autobiographique comme le dispositif narratif confèrent une portée à la fois plus complexe, plus universelle et plus émouvante…
Le dispositif narratif complexe et le jeu constant sur le matériau autobiographique et biographique, sur la vérité et sur le vraisemblable, font pourtant de ce roman tout autre chose que le seul symptôme de la difficile articulation entre désir de communauté et communautarisme.  » L’enjeu, pour moi, lorsque j’écrivais ce roman, c’était d’essayer de faire de la surdité le révélateur de la question de la transmission entre parents et enfants.  » Dans le cas d’un enfant sourd,  » on découvre inévitablement qu’il est le produit de son histoire familiale, mais aussi celui de l’histoire des sourds, qui vous échappe totalement. Tous les enfants héritent d’une histoire qui excède largement la famille, mais, en tant que père, en général, on préfère l’ignorer « . En écoutant Bertrand Leclair retracer l’histoire de son livre, on comprend instantanément pourquoi il n’a pas choisi l’essai. Seule la forme romanesque pouvait porter, sans malentendu, une si belle et si délicate déclaration d’amour à sa fille, à sa liberté et à son altérité.La revue de presse : Marine Landrot – Télérama du 3 janvier 2013Ancien chroniqueur à La Quinzaine littéraire et aux Inrockuptibles, puis coanimateur d’un séminaire passionnant sur la critique, Bertrand Leclair est un homme de recul qui va de l’avant. Inlassablement, il défriche et déchiffre afin de comprendre comment l’homme peut se décentrer pour mieux observer…
Malentendus est aussi un livre sur les sous-entendus, où chaque acte, chaque geste en dit long sur les êtres, tous prisonniers d’une époque, conditionnés par un environnement, bâillonnés par des interdits…
La beauté du livre vient de ce tâtonnement intrépide, de ce flottement volontaire, porté par un amour paternel aussi discret que profond.

Pages : 288

Auteur : Bertrand Leclair

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