Les défricheuses

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la ville ne manque pas femmes inventives à la tête d’entreprises et d’association novatrices

La journaliste des signes

Son humour est parfois moqueur, sa gaieté, communicative. Très vite, on oublie qu’on discute avec Marylène Charrière en langue des signes via une interprète. Les mimiques complètent souvent le mouvement des doigts. Alors, le visage est mobile, expressif, et le contact, facile. Marylène Charrière, 31 ans, sourde, est responsable de l’accessibilité de contenus de Websourd, un site d’Information aussi concepteur de technologies interactives. Née de parents sourds, mariée avec un fonctionnaire des douanes sourd, mère d’un petit Célestin de deux ans également sourd, et enceinte d’un bébé à naître en mars, elle ne vit pas ce handicap comme une calamité. Originaire d’Annecy, la Jeune femme n’est pas venue vivre à Toulouse par hasard. La ville Rose est mondialement connue comme « sourd friendly ». Depuis longtemps, on y trouve des Interprètes en langue des signes, des financements. Quand Marylène est arrivée en classe de troisième au lycée des Arènes – après des passages dans plusieurs instituts en France -, ce fut la révélation. « Suivre un enseignement normal traduit en langue des signes m’a permis de faire de foudroyants progrès intellectuels, j’ai rattrapé le retard que j’avais accumulé. » Ensuite, la vole était toute tracée pour les études, à Paris III Sorbonne Nouvelle, dans une école d’audiovisuel puis une école de journalisme de la capitale (le CFD). « Il n’y a pas si longtemps, ça n’aurait pas été envisageable », estime celle qui se dit portée par le « réveil sourd ». Dans les années 1980, en effet, les sourds ont revendiqué une meilleure reconnaissance de la langue des signes. Ils se sont insurgés contre la médicalisation qui « réduit notre communauté à une déficience auditive à réparer et à soigner ». Ils ont critiqué les implants cochléaires, prothèses dans l’oreille interne qu’on met à certains, ou l’injonction à s’exprimer avec des sons, à « oraliser ». Car cela aboutit à ce que « beaucoup de sourds soient quasiment analphabètes », rappelle Marylène. Avec le site – en pleine refonte -, elle souhaite leur donner accès à l’actualité, traiter les dépêches AFP pour les rendre simples et compréhensibles. « Je pense être la première journaliste audiovisuelle en langue des signes, mais j’espère bien que des plus jeunes vont venir renforcer l’équipe. »

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  • Source : Le Nouvel Observateur © Octobre 2012 à Toulouse

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